Le gouvernement maintient envers et contre tout sa décision de réouvrir les classes le 11 mai. Le retour à l’école sera néanmoins « volontaire », et les enseignant.e.s devront suivre un protocole sanitaire de 63 pages – irréaliste et inapplicable. Une « usine à gaz » selon certains syndicats d’enseignants. L’exécutif envisage désormais de permettre aux dépositaires des missions de service public de se défausser de leur responsabilité juridique sur les mesures de déconfinement. Les Jeunes Écologistes condamnent cet entêtement cynique et appellent à un report de la rentrée des classes pour les élèves de maternelle et de primaire.


La « distanciation physique » essentielle à la limitation de la propagation du virus sera impossible pour les enfants les plus jeunes, pour qui l’essentiel du temps passé à l’école se passe en jeux impliquant l’interaction et le contact avec leurs camarades. Il sera impossible pour les enseignant.e.s de contrôler l’ensemble des faits et gestes de leurs élèves. Les enseignant.e.s s’accordent à le dire : la distanciation physique, qui implique des formes de distanciation sociale, pourrait même être nuisible au processus d’apprentissage des plus jeunes. Pour des élèves de maternelle, l’enjeu de la scolarisation est la socialisation qui implique le contact avec les autres (les autres élèves, qui seront mis à distance, et les enseignant.e.s et personnels de l’établissement scolaire, qui seront masqués ce qui nuira à l’apprentissage des expressions faciales et à l’apprentissage de la langue). Le contact est la base de cette socialisation qui est l’objet premier de l’apprentissage scolaire en maternelle ; une classe de maternelle où tout contact est banni, où le jeu est prescrit, où les visages sont masqués et les voix étouffées par les masques n’est tout simplement pas une classe de maternelle.Tout particulièrement pour les plus jeunes, la distanciation physique est synonyme de barrière sociale, là où pour eux l’interaction est le fondement du processus d’apprentissage.

Le caractère « volontaire » du retour en classe constitue une grave rupture d’égalité entre les enfants d’une part qui ne retourneront pas tous en classe, et entre les parents qui ne pourront pas tous garder leurs enfants à la maison. Tous les parents craignent la contamination de leurs enfants, tous ne peuvent pas se permettre de subir une perte de revenus qu’implique de reporter le retour au travail pour garder leurs enfants chez eux. Cette décision revient pour certains foyer à choisir entre protéger la santé de leurs enfants ou se nourrir. La réouverture des classes fut d’abord présentée comme une mesure à destination des élèves en difficulté scolaire et/ou sociale, qui aurait pour objet de pallier aux inégalités de la “continuité pédagogique. Affirmer ensuite le caractère « volontaire » du retour à l’école expose toute l’hypocrisie de ces déclarations, qui masquent (mal) la volonté de l’exécutif de voir les parents retourner au travail. L’école n’a pas à être la garderie du Medef.  

La preuve la plus claire que la réouverture des classes fera prendre des risques significatifs au personnel des établissements scolaires, aux enfants et à l’entourage de ces derniers, est la demande formulée par 138 député·e·s et 19 sénateur·trice·s deLa République En Marche d’obtenir une protection juridique pour les maires. Voire plus : cette protection pourrait englober « toutes les personnes dépositaire d’une mission de service public dans le cadre des opérations de déconfinement », comme précisé dans un tweet d’Aurore Bergé, porte-parole du parti présidentiel. Face à la légitime levée de bouclier de nombreuses et nombreux responsables de collectivités, l’exécutif envisage donc une amnistie collective qui pourrait bien leur profiter également. C’est donc une réouverture des classes qui se fait à tout prix, le gouvernement sachant que les risques encourus sont grands – mais s’en défaussant par avance. Pour le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, la réouverture des classes le 11 mai est une question « d’honneur ». Il y a pourtant bien peu d’honneur à se couvrir par avance des conséquences de ses choix politiques, et moins d’honneur encore à sciemment mettre en danger de manière la population.

En dépit de tout ce que peut affirmer le ministre de la Santé Olivier Véran, le retour en classe se fait contre l’avis du Conseil scientifique qui préconisait une rentrée en septembre. Il se fait en dépit du bon sens et sur des motivations essentiellement économiques. En temps de crise sanitaire, la préoccupation de la santé publique et la protection des vies doit primer. L’heure est à la réflexion sur l’adaptation de l’institution scolaire à ce contexte nouveau qui risque de durer, l’heure est au soin apporté aux élèves les plus en difficulté, pas à la précipitation d’une rentrée qui mettra en danger enfants, parents, enseignant.e.s, personnel scolaire, et de fait la société dans son entier – sans jamais rien faire pour l’égalité.

 Des alternatives existent.

 1° Une rentrée en septembre pour bien préparer les conditions sanitaires de la reprise des cours à l’instar de ce qui a été décidé pour les universités. les lycées et les collèges voire les CM2 peuvent reprendre avant, de manière progressive et alternée, en demi groupes par exemple.  

2° Des aides pour permettre à au moins l’un des parents de rester à la maison auprès de leur(s) enfant(s) donc le prolongement du dispositif de chômage partiel après le 1er juin. Dans les couples hétérosexuels, ce sera souvent plus rémunérateur pour le foyer que l’homme retourne travailler du fait de l’écart de niveau de salaires entre hommes et femmes. Pour éviter ce biais (et en attendant que l’égalité salariale soit une réalité), nous proposons qu’un versement supplémentaire de compensation du manque à gagner soit garanti dans le cas où la femme souhaiterait retourner travailler et l’homme rester à la maison.  

3° Un prolongement du dispositif d’école à la maison dans lequel le personnel enseignant a été particulièrement investi*, avec la mise en place de dispositifs particuliers pour les élèves en décrochage.

4° La mise à profit du mois de mai et juin pour ouvrir un travail sur l’amélioration des outils d’enseignement et d’apprentissage à distance, en particulier pour les élèves les plus en difficulté. Un reconfinement dans les mois à venir n’est pas à exclure et il faudra malgré tout assurer une continuité pédagogique, et permettre aux élèves en décrochage de renouer le lien avec l’école.

5° Les enseignant.e.s ont été, elles et eux aussi, au front durant cette pandémie. Ils et elles ont assuré autant qu’ils et elles le pouvaient la continuité pédagogique. Il est largement temps de reconnaître l’icommensurable valeur sociale de leur travail, et de revoir à la hausse leurs salaires à la juste mesure de cette valeur.


*A défaut d’aller cueillir des fraises

Share This