En ce 1er mai 2020, la fête du travail ne sera pas l’occasion de descendre dans la rue pour clamer haut et fort nos droits et nos revendications.

Pourtant de nombreux combats restent urgents à mener, à l’heure où la pandémie et le confinement mettent en lumière toute la violence et l’absurdité du monde du travail tel que structuré par le capitalisme néolibéral. Nous applaudissons tous les soirs les soignant.e.s et travailleur.se.s en songeant à la lutte depuis tant d’année contre la casse de l’hôpital public et les suppressions de postes dans tous les métiers du soin et de l’humain. Il aura fallu attendre une pandémie mondiale pour que ce travail, des infirmièr·e·s, des aides soignant·e·s, des aides ménagères, des éboueur·e·s, si précieux pour notre société  soit reconnu à sa juste valeur dans les paroles de ce gouvernement. Les travailleuses et travailleurs occupant ces emplois, majoritairement des femmes et des personnes racisées, sont les véritables premiers de cordée de nos sociétés : sans elles, sans eux, plus rien ne tient.  

Ce 1er mai est l’occasion pour les Jeunes Écologistes de rappeler que les paroles ne valent rien si elles ne sont pas suivies d’actes forts tels que la revalorisation salariale, l’évolution des carrières, la reconnaissance des pénibilités du travail et le droit à la formation et à la montée en compétence. Les primes au lance-pierre sont de pitoyables pis-aller : ce sont des mesures structurantes et de long terme que nous exigeons.

En ce 1er mai, les Jeunes Écologistes s’inquiètent également de la récupération de l’état d’urgence sanitaire pour faire passer des lois, décrets et ordonnances toujours plus menaçants pour le droit du travail et toujours plus complaisants avec le MEDEF. Pendant le confinement, l’arrêt de l’économie n’a pas mis en pause la casse du code du travail, bien au contraire : extension du travail le dimanche, durée quotidienne maximale de travail portée à 12 heures au lieu de 10, temps de repos entre deux journées réduit, durée maximale de travail hebdomadaire à 60 heures contre 48 heures précédemment… La protection et la santé des travailleur·ses passent, même en temps de pandémie, bien après le profit

Nombre de travailleur.se.s ont du maintenir leur activité et prennent des risques pour leur santé et leur vie en se déplaçant, en étant au contact de publics potentiellement porteurs du virus… Nous nous insurgeons contre le maintien des activités non essentielles, comme cela a pu être le cas chez Amazon jusqu’à ce que la justice ne force la multinationale à cesser la production des biens non essentiels. Nous exigeons que les travailleur.se.s continuant leur activité soient protégé.e.s, qu’ils et elles puissent décider de leurs conditions de travail et des mesures de sécurité appliquées, et qu’aucune activité n’étant pas indispensable au fonctionnement quotidien de la société ne soit poursuivie.

Le télétravail généralisé n’est pas non plus sans conséquences sur la santé des travailleurs.ses et creuse les inégalités : il fait reposer une charge mentale plus lourde sur les femmes qui doivent souvent simultanément assurer une présence derrière l’écran pour leur travail et s’occuper de leurs enfants et des tâches domestiques. De même, les inégalités face au logement rejouent en cette période : la promiscuité dans les foyers rend le télétravail plus difficile pour certain.e.s que pour d’autres. La recherche de l’efficacité et de la productivité ne peut plus valoir en cette période où la priorité de toutes et tous doit être le soin pris de ses proches et la protection des plus vulnérables. 

Nous avons aussi une pensée et apportons tout notre soutien à celles et ceux qui n’ont pas ou plus de travail : oublié·e·s de la start-up nation, personnels au chômage partiel, étudiant·e·s précaires dont le “petit boulot” était la seule possibilité de financer leurs logements et repas… Pendant que les actionnaires de Sanofi se partagent des millions d’euros, la pauvreté augmente, plus que jamais. Les mesures d’aide pour les foyers les plus modestes décidées par le gouvernement sont un geste bien loin d’être suffisant : c’est 900 millions d’euros qui sont débloqués pour 4,1 millions de foyers, bien piètre somme à côté des aides octroyées aux grandes entreprises. Le gouvernement doit faire plus et s’engager dans la durée.

Aujourd’hui il est pour nous plus que nécessaire de repenser le travail, à travers, en premier lieu une importante réduction de sa durée pour une meilleure répartition entre tous et toutes. Nous rejetons fermement les injonctions du Medef et de ses relais politiques à “travailler plus” pour compenser ces semaines d’ “inactivité”. Pour construire le “monde d’après”, il ne s’agit pas de relancer la machine qui nous mène à l’impasse écologique et à la destruction sociale mais bien de restructurer en profondeur notre modèle économique et d’organiser collectivement et démocratiquement le ralentissement de nos rythmes de production.

Notre rapport à l’activité doit être transformé : il s’agira de déterminer quelles activités sont socialement et écologiquement bénéfiques, de les valoriser et de permettre à chacun.e de s’y investir et de quitter les “bullshit jobs” nuisibles autant pour la planète que pour la santé des travailleur.se.s qui les occupent. Nous soutenons pour cela toutes les propositions concernant un revenu de base, qui pourrait aussi prendre la forme d’un “revenu de transition écologique” rendant possible les transitions professionnelles.

Il faut créer le cadre d’une bifurcation vers des modes de vie plus sobres, qui permettent de consacrer le temps nécessaire à chaque tâche, loin des logiques de rentabilité qui règnent actuellement. Nous exigeons que toute personne puisse vivre décemment de son travail en limitant les écarts de salaire : un seuil minimal de revenus doit être garanti pour toutes et tous et un seuil maximal doit être imposé.

Nous pensons que la construction du monde d’après ne peut se faire sans une remise en cause profonde du travail et de notre modèle économique, et c’est pour cette raison que même sans manifestation nous ferons entendre nos voix

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