Motion thématique adoptée par le Parlement des Jeunes Écologistes le 25 janvier 2026

Exposé des motifs

Cette motion porte sur la vision des Jeunes écologistes sur les Conférences des Parties (COP), pilier central de la gouvernance climatique internationale depuis plus de 30 ans. Présentées comme le principal cadre de coopération multilatérale face au réchauffement climatique, les COP cristallisent à la fois de grands espoirs et de profondes désillusions.

Issues du cadre onusien, les COP héritent dès leur origine d’un modèle institutionnel imparfait. Le fonctionnement des Nations unies repose sur la recherche du consensus entre États souverains aux intérêts profondément divergents, conduisant à des compromis a minima et à une dilution des responsabilités. Dans ce cadre, les COP n’ont jamais été conçues comme des espaces de décision contraignants, mais comme des forums de négociation diplomatique, limitant structurellement leur capacité à répondre à l’urgence climatique.

La gouvernance climatique internationale apparaît aujourd’hui largement verrouillée. Les négociations se déroulent principalement entre chefs d’État, gouvernements et hauts fonctionnaires, dans des espaces souvent opaques et peu accessibles. Parallèlement, les COP sont marquées par une présence massive de lobbies industriels, en particulier issus des secteurs fossiles et financiers, qui disposent de ressources et d’un accès privilégié aux négociations. À l’inverse, la société civile et les peuples autochtones peinent à faire entendre leurs voix.

Les COP s’inscrivent par ailleurs dans un cadre de réflexion aujourd’hui largement remis en question : celui du développement durable et de la croissance verte. En cherchant à concilier croissance économique et réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce paradigme évite de poser les questions fondamentales de sobriété, de redistribution des richesses et de remise en cause d’un système économique extractiviste. Cette approche technosolutionniste contribue à repousser les transformations structurelles pourtant nécessaires.

Après 30 ans de COP, le constat est celui d’un cycle répétitif de promesses non tenues et de déceptions successives. Malgré la multiplication des engagements, les émissions mondiales continuent d’augmenter et les trajectoires actuelles restent incompatibles avec l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C. L’écart entre les discours politiques et les actes est conséquent.

Cette situation s’inscrit dans un contexte d’injustice climatique profonde. Les pays du Nord, responsables historiques de la majorité des émissions de gaz à effet de serre, continuent de cadrer les négociations climatiques, tout en se défaussant largement de leurs responsabilités financières et politiques. Cette dette écologique non reconnue entretient des rapports de domination assimilables à des formes contemporaines de néocolonialisme en imposant aux pays du Sud des trajectoires de transition sans leur en donner les moyens.

Pour autant, réduire les COP à leurs seules limites serait incomplet. Le système des COP a permis l’émergence d’initiatives sectorielles importantes ces dernières années, notamment sur la sortie progressive des énergies fossiles, le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la réduction des émissions de méthane, la lutte contre la déforestation ou encore la transition vers des mobilités électriques. Des rapports indépendants montrent que ces dynamiques ont contribué à une baisse progressive des projections de réchauffement climatique à l’horizon 2100, passées d’environ 4°C à moins de 3°C.

Les COP ont également permis le développement de mécanismes innovants, comme les Just Energy Transition Partnerships, visant à soutenir la décarbonation des pays du Sud tout en reconnaissant la responsabilité particulière des pays historiquement émetteurs. Elles jouent enfin un rôle essentiel de médiatisation des enjeux climatiques, de désignation des responsabilités, notamment occidentales, et de mise en réseau des mouvements militants à l’échelle mondiale.

Face à un dérèglement climatique par nature global, la coopération internationale reste indispensable. Cependant, croire aux COP ne signifie ni naïveté ni renoncement à la critique. Le caractère “bottom-up” du système climatique international, consacré par l’Accord de Paris, fait reposer l’essentiel de l’action climatique sur la volonté des États à travers leurs contributions nationales (NDC), leurs politiques publiques et leurs financements.

C’est précisément là que la société civile et les organisations de jeunesse ont un rôle central à jouer : construire un rapport de force politique, notamment électoral, pour contraindre les États à agir. La transition écologique ne pourra être ni efficace ni légitime sans placer la justice sociale, la solidarité internationale et la responsabilité différenciée des États au cœur de l’action climatique.

Dispositif

Les Jeunes Écologistes :

  1. Réaffirment leur attachement au multilatéralisme climatique comme cadre indispensable de coopération internationale face au réchauffement climatique, tout en dénonçant les limites structurelles actuelles du système des COP ;
  2. Dénoncent le verrouillage de la gouvernance climatique internationale marqué par l’influence des lobbies industriels et la marginalisation de la société civile et des peuples autochtones et appellent à l’exclusion des lobbies à fort impact environnemental des COPs ;
  3. Rappellent la responsabilité historique des pays du Nord dans la crise climatique et exigent la reconnaissance pleine et entière de la dette écologique, notamment par des financements publics, additionnels et non conditionnés à destination des pays du Sud ;
  4. Soutiennent le renforcement et la mise en œuvre effective des initiatives sectorielles issues des COP, à condition qu’elles s’inscrivent dans une trajectoire compatible avec l’objectif de 1,5°C et qu’elles excluent toute dépendance aux fausses solutions technologiques ;
  5. Affirment que la réussite des COP dépend avant tout de la volonté politique des États et appellent à un renforcement ambitieux des contributions nationales (NDC), des politiques climatiques nationales et des mécanismes de solidarité internationale ;
  1. Placent la justice sociale et climatique au cœur de la transition en défendant une transformation écologique qui lutte contre les inégalités, respecte les droits humains et garantit une transition juste pour toutes et tous ;
  2. Réaffirment le rôle central des organisations de jeunesse et de la société civile dans la construction du rapport de force politique nécessaire pour contraindre les États à agir, notamment par l’engagement citoyen et électoral ;
  3. Rappellent la nécessité que les COP soient de véritables outils d’organisation de l’action climatique internationale, capables de garantir le suivi et le respect des engagements pris grâce à des obligations légales et à des sanctions en cas de non-respect.

Bibliographie

Articles :

Rapports :