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En ces temps de campagne électorale et d’hypnose collective, nous voulons regarder la réalité en face.

5,4 millions de jeunes sont au chômage en Europe.

On nous a raconté que la croissance allait bientôt revenir, et qu’elle allait permettre à tous ces jeunes de croire en un futur meilleur. On nous a raconté qu’en attendant, il fallait absolument accroître notre compétitivité, à coup d’allègement de cotisations patronales et de gel des salaires. On nous a raconté que le libre-échange permettrait de créer ces emplois qui manquent tant aux statistiques. On nous a raconté que la solution, c’était la relance de cette grande industrie – automobile, gaz de schiste, armement et nucléaire confondus – et que l’avenir était dans le “travailler plus”.

Mais cela fait quelque temps que nous avons cessé d’y croire…

Ils parlent tous, du haut de leur expérience, de la jeunesse. Ils savent ce qui est bon. Les jeunes, c’est bien connu, sont égoïstes, ne veulent pas travailler et ne pensent qu’aux jeux-vidéos. Il faut bien de vieux hommes politiques pour penser pour eux, pour leur dire quoi faire et où aller. Et pour les sortir de la précarité, toutes les solutions sont bonnes, surtout celles qui leur coûtent rien : le Smic à 1 euro, les stages de 6 mois, les contrats précaires… Pourquoi en vouloir plus quand on n’a déjà pas grand chose ?

En ce jour de 1er mai, les responsables politiques et syndicaux vont donc défiler sur les plateaux télévisés. Les communiqués de presse remplis de bonnes intentions vont s’empiler sur les bureaux des rédactions. Nous en avons assez d’entendre ce même disque rayé par l’immobilisme ! Dès aujourd’hui, nous pouvons mettre en œuvre des solutions nouvelles et radicales qui permettent de réduire à la fois le chômage, l’aliénation du travail et l’impact écologique de nos activités. Ces solutions fonctionneront, non pas parce qu’un nouvel économiste à la mode les aura inventées, mais parce qu’elles se fonderont sur des bases bien différentes de celles, absurdes, qui guident notre politique économique depuis tant d’années. Green New Deal, économie circulaire, partage du temps de travail, voilà les vrais solutions pour l’emploi !

Et oui, en rompant le carcan de l’austérité et en décidant d’investir massivement dans la révolution écologique, nous pourrions créer des millions d’emplois en Europe. Agriculture, rénovation des bâtiments, énergies renouvelables, transports collectifs, recyclage, valorisation du patrimoine naturel, services à la personne, artisanat, réparation : tous les secteurs et tous les niveaux de qualification sont concernés, et des emplois locaux, de qualité et durables sont à la clé. Au lieu de promettre des surlendemains heureux grâce à une croissance-fantôme, il suffirait d’avoir le courage de changer nos manières de produire et de consommer, dès maintenant, et provoquer cette révolution écolo dont la planète a tant besoin.

L’Union Européenne peut créer l’étincelle à l’origine de cette révolution. Pour la mettre en place, nous avons besoin d’un budget qui représente plus de 1% du PIB européen. Or, seuls les écologistes ont voté contre la réduction du budget imposée par quelques États-membres. Avec un Grenelle européen pour l’emploi vert et une réorientation des aides économiques vers des activités moins polluantes et plus riches en emplois, l’Union peut créer les conditions d’un “Green New Deal”. Cette transition ne pourra pas être pilotée d’en haut : c’est aussi en relocalisant les activités, en soutenant les initiatives locales et de la société civile, en permettant aux entreprises et aux salarié-e-s de gagner en autonomie et de choisir eux-mêmes comment s’engager dans la transition que celle-ci fonctionnera.

De même, nous n’arriverons pas à résoudre le problème du chômage des jeunes, et a fortiori de l’ensemble de la population, sans partager le travail. Nous n’avons jamais produit autant de richesses en si peu de temps : continuer à vouloir produire plus en travaillant plus n’a aucun sens. Pourquoi au contraire ne pas travailler moins, travailler mieux, travailler tous et toutes ? Alors que le partage du travail s’effectue aujourd’hui de manière inégalitaire entre ceux qui travaillent trop et ceux qui ne trouvent pas d’emploi, le bon sens serait de mettre en place, selon les secteurs, la baisse du temps de travail hebdomadaire ou les congés sabbatiques rémunérés, sans baisse de salaire.

Ces propositions n’ont pas un but uniquement économique. Et ça tombe bien, car contrairement à ce que la télé nous raconte, les jeunes n’ont pas seulement les yeux rivés sur la courbe du chômage : ils veulent redonner du sens à leur travail et à leur vie. En développant les activités soutenables, nous protègerons notre futur. En partageant le travail, nous multiplierons les possibilités d’émancipation par d’autres biais que la simple activité professionnelle. L’Union Européenne peut-être le moteur de ce nouveau modèle, à condition d’avoir la majorité politique nécessaire pour le mettre en œuvre. En réponse à la précarité et à une jeunesse désabusée, arrêtons les bonnes paroles, agissons !

– Laura Chatel et Lucas Nédélec (co-secrétaires fédéraux des Jeunes Écologistes), Clarisse Heusquin (tête de liste Europe Écologie dans la circonscription Centre).

> LES VISUELS DU 1ER MAI

 

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