Serge Planton, climatologue, responsable de l’Unité de recherche climatique au Centre de recherches de Météo-France et membre du GIEC était l’invité de la plénière Europe Écologie les Verts Toulouse du jeudi 4 février. Il nous a présenté le bilan de la Conférence de Paris sur le climat.

Le GIEC
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été créé en 1988 par l’Organisation Météorologique Mondiale et le programme des Nations Unies pour l’environnement. Le GIEC a donc une double fonction : à la fois gouvernementale et scientifique. Son objectif est de faire des rapports et émettre des avis pour les conférences des parties (CoP), il ne fait pas de recommandations aux politiques.

Historique des travaux du GIEC et des conférences sur le climat
– 1990 : Premier rapport du GIEC
– 1992 : première Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC)
– 1995: Deuxième rapport du GIEC
– 1997 : COP3, mise en place du Protocole de Kyoto (réductions chiffrées des émissions de CO2)
– 2001 : Troisième rapport du GIEC
– 2007 : Quatrième rapport du GIEC
– 2009 : COP15, échec de Copenhague
– 2014 : Cinquième Rapport d’évaluation (en prévision de la COP21)
– 2015 : COP21, accord de Paris

Le changement climatique et l’opinion publique
Deux Français sur trois pensent que tous les scientifiques sont d’accord sur le réchauffement climatique. A l’inverse, ce n’est qu’une hypothèse en débat pour un Français sur trois. Concernant les Américains, la proportion se rapproche de 50%-50%.

Les différentes trajectoires de l’évolution de la température
Les scientifiques distinguent deux scénarios : le scénario du “laisser faire” qui conduirait à une augmentation globale de la température de 3,2 à 5,2°C par rapport à la période pré-industrielle et le scénario “sobre” qui ferait augmenter la température de 0,9 à 2,3°C.
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L’accord de Paris
C’est la première fois que la totalité des 195 états membre de l’ONU se mettent d’accord pour réduire le réchauffement climatique, ils reconnaissent aussi une responsabilité partagée dans ce réchauffement. La somme de 100 milliards de dollars pour le fonds vert pour l’adaptation des pays en développement au réchauffement climatique devient un plancher.
Il s’agit d’un accord ambitieux : il vise à limiter le réchauffement à 1,5°C, à atteindre un pic de gaz à effet de serre le plus tôt possible et à atteindre un équilibre entre les émissions de CO2 et les puits naturels ou artificiels. De plus, l’accord donne un mandat au GIEC pour rédiger un nouveau rapport sur les effets d’un réchauffement de 1,5°C.
Un accord contraignant ? Oui, pour l’élaboration des rapports (transparence des compte-rendus de réductions d’émissions de GES) mais non pour les objectifs (les États-Unis ont demandé un accord non-contraignant prétextant que s’il l’était, il serait rejeté par le Congrès à majorité républicaine). L’aspect contraignant dépendra des législations nationales. Le fonds vert devient obligatoire.

La suite de l’accord
Il doit être encore signé le 22 avril 2016 par au moins 55 pays représentant un minimum de 55% des émissions de gaz à effet de serre. Il y a possibilité pour les états de se retirer de l’accord après 3 ans de mise en vigueur. Les contributions nationales (INDCs) seront revues tous les 5 ans. Le fonds vert sera redéfini avant 2025.

Les enjeux scientifiques
Il s’agira d’étudier les effets de la géo-ingénierie (méthodes pour manipuler ou modifier le climat) sur la trajectoire du réchauffement climatique, la possibilité de réaliser des émissions négatives (en utilisant la reforestation). Il faudra aussi étudier les effets différenciés d’un réchauffement de 1,5, 2, 2,5 ou 3°C. En effet le réchauffement qui conduirait à une fonte du Groenland est inclu entre 1,5 et 3°C et ce dernier entraînerait une augmentation de 5 à 6m du niveau des océans soit la disparition de certaines états insulaires.

Conclusion
Les contributions nationales sont insuffisantes pour respecter la trajectoire de 1,5°C de réchauffement, elles sont compatibles pour une trajectoire de 2,5°C mais il faudra des réductions importantes des gaz à effet de serre après 2030.
Concernant la limitation à 1,5°C, il faudra attendre le rapport du GIEC pour connaître les effets sur le climat. Pour atteindre les 2°C il est nécessaire de ne pas émettre plus de 1000Gt de CO2 jusqu’en 2100 (soit la même quantité émise entre 1870 et 2011), il ne faut pas émettre plus de 400Gt pour la trajectoire de 1,5°C.
La COP21 est un succès diplomatique : c’est une avancée dans le mode de traitement de la question mais il ne s’agit que d’un point de passage qui dépendra de la traduction des promesses en mesures concrètes. A suivre …

Raphaël Négrini pour les Jeunes Écologistes Toulouse

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