Communiqué de presse inter-organisations – 14 mai 2025

Ces derniers mois, les affaires concernant des cas de violences au sein d’établissements d’enseignement privé ont défilé, révélant un problème systémique. À ce titre, nous tenons à saluer toutes les personnes ayant témoigné et s’étant mobilisées pour mettre le sujet à l’agenda médiatique. Nous sommes à vos côtés. 

Face à la mise au jour de ce système de prédation, le Premier ministre François Bayrou, lui-même impliqué dans l’affaire de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, a fait la démonstration d’une complicité par inaction. Cette situation pose plus largement la question de la transparence des établissements scolaires privés, qui fait défaut depuis trop longtemps. 

L’inventaire des violences commises dans les établissements privés donne la nausée. À cela s’ajoute l’omerta, qui protège les agresseurs, étouffe les faits et perpétue l’impunité. Ce mutisme organisé révèle un système structurellement défaillant, fondé sur la domination adulte et la confiscation systématique de la parole des jeunes, en vue de protéger la “réputation” et le “prestige” de l’enseignement privé.

Derrière leurs sourires gênés et leurs excuses maladroites, se cache un continuum des violences, sexuelles ou non, encore solidement ancrées en France. 

Plusieurs témoignages ont aussi illustré la façon dont des établissements d’enseignement privé contribuent à perpétuer des rapports de domination, à l’image  de l’établissement Stanislas à Paris et de ses pratiques LBGTphobes.  

Dans le même temps, la droite conservatrice et réactionnaire s’est mobilisée contre le nouveau plan d’enseignement à la vie sexuelle et affective (EVARS). Pourtant, une politique éducative claire pourrait permettre aux enfants de mieux verbaliser et appréhender les atteintes à leur intégrité physique, et prévenir les violences entre élèves, qui ont pu survenir également dans des établissements comme Notre-Dame-de-Bétharram. 

Force est de constater que deux approches s’opposent concernant les établissements confessionnels. À l’égard de deux lycées privés confessionnels musulmans, le Gouvernement n’hésite pas à multiplier les contrôles et inspections, et n’a pas hésité à rompre les contrats les liants à l’Éducation nationale, alors même que les manquements allégués n’étaient pas établis et n’avaient pas commune mesure avec ce qu’il s’est passé à Bétharram ou Stanislas. L’enseignement privé catholique bénéficie ainsi d’un traitement de faveur de la part d’un gouvernement qui revendique constamment sa fidélité  à la laïcité, tout en ignorant que cette dernière ne saurait être appliquée de manière sélective.

Combien de Bétharram ou de Stanislas faudra-t-il avant d’engager une action ferme face au manque de contrôle dans l’enseignement privé ? 

Les actions annoncées par la ministre de l’Éducation nationale Élisabeth Borne dans le cadre du plan “Brisons le silence, agissons ensemble”, sont insuffisantes et interviennent trop tard. 

Ce système doit être bouleversé de fond en comble. Le manque de contrôle de l’enseignement privé ne concerne pas seulement les violences commises contre les élèves, mais touche aussi à l’enjeu du financement public de ces établissements, mis en lumière par les travaux des députés Paul Vannier et Christopher Weissberg. 

Ces établissements sont les vestiges d’un système antérieur à la séparation de l’Église et de l’État, restant pourtant financés par ce dernier et protégés par ses représentants. Face à la succession de scandales et alors que Bayrou est entendu aujourd’hui par l’Assemblée nationale, nos organisations revendiquent : 

  • À court terme :
    • La démission de François Bayrou et de toutes les personnalités politiques impliquées dans les différentes affaires mentionnées précédemment ;
    • L’obligation de respecter des exigences en matière de mixité sociale et la fin de la sélection sociale des élèves à l’entrée des établissements privés sous peine de se voir infliger des sanctions financières, voire de rupture du contrat d’association en cas de non-régularisation ;
    • La mise en œuvre d’inspections académiques à la même régularité que dans l’enseignement public, et dans une même mesure entre les établissements de différentes confessions.
  • À moyen terme :
    • Réduction progressive du financement public accordé à l’enseignement privé au profit d’un investissement renforcé dans l’Éducation nationale, en cohérence avec les besoins du service public et l’objectif de désengorgement de l’école publique.
    • L’imprescriptibilité des violences sexuelles sur mineurs, demande notamment portée par la CIIVISE et le milieu associatif.
  • À long terme, nous revendiquons la fin de l’enseignement privé sous contrat. Le système dual, hérité d’un autre temps, bénéficie encore de plus de 12 milliards d’euros d’argent public chaque année, en sélectionnant son public et en échappant à un véritable contrôle démocratique. Il entretient une école à deux vitesses. Ainsi, l’École publique, égalitaire et émancipatrice, devra être le lieu unique de la formation des citoyen·nes, en intégrant une liberté de choix pédagogique. L’argent public doit aller à l’École publique.