Désarmons la police !

Les Jeunes Écologistes revendiquent un désarmement de la police.

“Police partout, justice nulle part”. Ce sentiment partagé depuis des décennies trouve aujourd’hui, encore, un écho d’une froide et amère réalité. Les citoyen·nes ont peur de la police. Celle-ci, malmenée par une politique du chiffre et par des syndicats dont l’intérêt général n’entre plus dans le logiciel, devient une police politique.

L’ordre établi, lui, sait bien compter sur elle pour protéger ses intérêts de classe. La police porte en elle, de manière intestine, cette capacité à violenter les marges pour protéger l’ordre établi, maintenir sa domination ; le meurtre de Nahel, épilogue d’une longue série de violences policières, nous l’a rappelé avec force ces derniers mois.

Nous, Jeunes Écologistes, contestons avec force cette utilisation de la police, au service de puissants, minant les relations qu’elle peut entretenir avec les citoyen·nes ; à l’inverse, nous souhaitons promouvoir un projet nouveau, au service de l’intérêt général, des droits et libertés fondamentaux et de la tranquillité publique. Dans un contexte politique critique, où l’extrême droite est aux portes du pouvoir et où la tentation autoritaire s’empare d’une grande partie du spectre politique, repenser notre rapport à la police et à l’autorité doit nous permettre de sortir par le haut de cette impasse. Il faut réussir à faire de nouveau société, de manière apaisée, sans avoir peur de celles et ceux qui devraient nous servir, nous protéger.

Aujourd’hui, la police – en tant qu’institution – échappe en partie au contrôle de cet ordre établi. Certains syndicats n’hésitent plus à s’engager dans une voie ouvertement factieuse, appelant à la violence contre des citoyen·nes, se nourrissant du chaos, qualifiant les populations qui se soulèvent contre le racisme et les violences policières de “nuisibles” (communiqué UNSA Police et Alliance Police du 30 juin 2023). Face à ces dérives, nous pensons à l’instar de Didier Fassin que le pouvoir, Emmanuel Macron et Gérald Darmanin en tête, “ont peur de leur police. On n’est plus dans un système où la police obéit à son gouvernement, mais où le gouvernement plie devant sa police.”. Cette peur se retrouve dans les concessions innombrables faites à ces syndicats factieux, dans l’impunité qui règne dans le traitement des violences policières, dans le refus de reconnaître le terme même de violences policières.

Ces marges visées par la police pour préserver l’ordre établi sont plurielles et ne connaissent pas les mêmes oppressions. Les personnes racisées, notamment issues des classes populaires, sont exposées, au quotidien, à des contrôles au faciès, des intimidations et des relations extrêmement conflictuelles avec la police, à rebours de toute recherche d’apaisement et de construction de la tranquillité publique. Les soulèvements consécutifs à l’assassinat de Nahel démontrent bien cette rupture profonde, consommée déjà depuis plusieurs années ; n’oublions pas Théo, Adama, Zyed, Bouna et tant d’autres. L’accueil des femmes et des minorités de genre dans les commissariats laisse place, là aussi, à des violences supplémentaires qui ne sont pas acceptables. La répression inouïe du mouvement social, depuis 2016 est montée en puissance avec les Gilets Jaunes, puis, dans le cadre de la lutte contre la réforme des retraites. Les militant·es écologistes sont également visé·es par cet appareil répressif. Celui ou celle qui s’est rendu·e à Sainte-Soline sait ce dont ils sont capables pour défendre un trou dans la terre ; également, la mémoire de Rémi Fraisse reste vive pour nous toustes. Ces répressions entrecroisées ne peuvent pas être regardées de manière séparée. Elles poursuivent en fait un même but : maintenir le système global de domination, des bourgeois sur les classes populaires, de l’humain sur la nature, des hommes cis sur les femmes et minorités de genre, des vieux sur les jeunes…

Face à cet aride constat, les chantiers pour retrouver la voie de l’apaisement semblent innombrables. Parmi eux, nous proposons d’engager un processus de désarmement de la police. Nous l’affirmons sans fard : la police tue. Il faut agir de manière résolue en mettant fin au plus vite à la surenchère de l’armement. Contre les populations, les manifestant·es et plus généralement les citoyen·nes, la police utilise un panel terrifiant d’armes létales, en plus de leur arme de service ; ce n’est pas acceptable.

Le désarmement de la police n’est pas qu’une idée : c’est déjà une réalité dans plusieurs pays comme au Royaume-Uni (à l’exception de l’Irlande du Nord), en Irlande ou en Islande. Au Royaume-Uni, les policiers eux-mêmes se prononcent à 82% en faveur d’une telle disposition. Cette forme de désescalade promeut une résolution alternative des différends. Les policiers ne devraient pas pouvoir choisir de punir par leur arme ; si une peine doit être prononcée, elle doit l’être par un juge, dans le respect du droit à un procès équitable.

Cette mesure doit rapidement être mise en œuvre. Nous proposons de permettre à un nombre très limité d’agent·es de porter des armes létales, seulement dans des circonstances particulières. En ne possédant pas d’armes de service par principe, les agent·es sont amené·es à envisager toutes les autres solutions pour sortir des différends sans recourir à la force. Nous réclamons aussi, en cohérence avec l’objectif de désarmement de la police, à ce que les agent·esi soit soumis·es à des formations plus longues et approfondies.

Ce désarmement doit être au service de l’apaisement des relations police-citoyen·nes mais aussi de l’amélioration des conditions de travail des policiers et policières. Nombre d’entre elleux sont exposés à des risques psycho-sociaux importants. S’il ne semble pas y avoir un taux de suicide plus important que dans la population générale, le passage à l’acte est facilité pour les agent·es en souffrance par la possession d’une arme de service ; en 2015, 55% des agent·es s’étant donné la mort l’on fait avec leur arme de service.

Pour Zyed, Bouna, Adama, Theo, Enzo, Nahel, Remi, Serge et toustes les autres il est urgent d’agir.

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