L’Insee a publié, mercredi 16 octobre, des données concernant la pauvreté en 2018. Selon ces chiffres, ce sont 9,3 millions de personnes, soit 14,7 % de la population française,  qui vivent sous le seuil de pauvreté, soit une augmentation de 0,6 points par rapport à 2017. Dans le même temps, l’exécutif charge un homme “de gauche”, Olivier Noblecourt, d’élaborer un “plan pauvreté”. Les Jeunes Ecologistes dénoncent l’hypocrisie d’une politique emblématique du macronisme néolibéral, qui est par nature anti-social. 


La macronie, comme toute entreprise bien managée de la start up nation, fonctionne par « projets ». Cela permet, entre autres, à chaque acteur et actrice de se concentrer sur son petit bout de travail et de ne pas trop regarder le tableau global qui se dessine au gré des réformes gouvernementales. Ainsi Olivier Noblecourt peut-il continuer, comme il l’a fait au micro de France Inter il y a quelques jours, à se dire profondément « de gauche », travailler avec zèle à son « Plan Pauvreté », sans trop s’interroger sur la lame de fond anti-sociale et inégalitaire du macronisme. A l’entendre on pourrait se laisser persuader, tant son attachement à prendre en compte l’avis et les inquiétudes des associations paraît sincère. Cela donne une impression qui à première vue peut paraître contradictoire : on nous annonce en grande pompe une batterie de mesures pour « lutter contre la pauvreté », et simultanément les plus récentes études de l’INSEE nous révèlent une progression inédite depuis de la crise de 2008 et ses conséquences de l’indicateur de Gini. Le creusement des inégalités est cette fois lié très directement aux choix politiques de l’actuel gouvernement notamment en matière de fiscalité et de redistribution, qui sont dans la droite lignée de la tendance néolibérale entamée dans les années 1980. Baisse des allocations HLM et des APL en général, “flat tax” qui a conduit à une augmentation des capitaux mobiliers et des revenus financiers…et il faut souligner que les chiffres de l’INSEE ne prennent même pas en compte la réforme de l’ISF (Impôt Sur la Fortune) et sa transformation en IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) qui devrait creuser encore davantage les écarts.
 
La tendance est donc celle-là : un rouleau compresseur détricotant partout les acquis sociaux et grignotant partout les minima, et quelques « plans »à quelques millions pour réparer ici et là, là où la pauvreté est trop visible, là où elle choque même le plus endurci des managers du « nouveau monde », là où elle fait tâche et heurte la sensibilité des nantis.
 
Nous, Jeunes Ecologistes, ne sommes pas dupes. Mener une politique sociale implique aujourd’hui de sortir du cadre de l’orthodoxie économique capitaliste et néolibérale, de dénoncer avec force l’imposture de la théorie du ruissellement qui voudrait qu’en donnant aux riches on nourrisse en dernière instance toute l’économie, jusqu’aux moins privilégié·e·s. Les riches ne sont  pas les locomotives de l’économie : leurs investissements loin de créer des emplois se concentrent sur des marchés financiers déconnectés de l’économie réelle, dont le fonctionnement erratique met en péril la stabilité de nos sociétés. Leur richesse nourrit un marché du luxe prédateur qui entretient l’exploitation forcenée des ressources et des travailleuses et travailleurs et qui contribue au développement d’une demande complètement déconnectée des besoins réels, là où les besoins fondamentaux – boire, se nourrir, se loger – d’une grande partie de l’humanité ne sont pas couverts.
 
En menant une politique de l’offre, en privilégiant les cadeaux fiscaux aux plus riches, Macron nourrit la sécession des élites dont nous parle Bruno Latour : déjà les plus riches se construisent des bulles, des havres, des bateaux, des bunkers, voire des vaisseaux spatialpour toujours mieux se désolidariser du destin incertain d’une humanité résolument terrestre et dépendante du destin de l’ensemble des autres espèces et de l’ensemble des communs planétaires.
 
Les inégalités sont en soi injustes et injustifiées ; les pseudo-théories, scientifiquement bancales, qui prétendent en fonder la légitimité sont démenties par des critiques d’économistes de plus en plus nombreux… et par la ténacité des faits:  les inégalités sont en hausse exponentielle depuis le tournant néolibéral. Leur degré, aujourd’hui, à l’heure où il est question de la survie d’une partie de l’humanité face au péril du dérèglement bioclimatique, confine à l’immoralité. Leur degré, à l’heure où partout la force publique doit pouvoir dégager les fonds nécessaires pour investir massivement dans les transformations structurelles requises par ce tant espéré « changement de système » doit être dénoncé avec force et nous servir de levier pour dénoncer l’hypocrisie d’une classe dirigeante qui consent à donner des miettes pour mieux se réserver le gâteau. Aucun « Plan Pauvreté » si bien défendu qu’il soit ne pourra faire oublier le tableau global d’une humanité déchirée par des inégalités destructrices et dessinant graduellement un apartheid global.

Un arbre n’a jamais caché une forêt. C’est encore moins possible lorsque cette forêt brûle.

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