Votée par le Parlement des Jeunes Écologistes le 2 février 2025


EXPOSÉ DES MOTIFS

Par cette motion thématique, les Jeunes Écologistes, en tant qu’organisation politique de jeunesse de gauche, se positionnent durablement pour une union des forces de gauche. Cette union doit être une union de combat avec une mise en commun programmatique et un objectif de gouvernance ensemble, pouvant passer par des candidatures communes aux élections. Cette union de combat des forces de gauche doit se mener par les urnes et à travers la société civile sous toutes ses facettes.

En effet, certaines victoires historiques de la gauche sous une forme plurielle, telles que la victoire du Front Populaire en 1936 et les avancées sociales et politiques qui en ont découlé, inspirent notre démarche. Ces initiatives unionistes des gauches démontrent à quel point la pluralité du mouvement permet de rallier une plus grande base électorale et imagent son utilité pour les victoires politiques. 

D’autre part, les derniers résultats électoraux de la gauche démontrent une grande force lors d’unions. La campagne des européennes a été effectuée par les partis de gauche de manière désunie : les résultats de la gauche ont été décevants tandis que ceux de l’extrême droite ont été plus forts que jamais1. Les législatives anticipées de juillet 2024 ont quant à elles suscité un sursaut de la gauche qui s’est unie autour du Nouveau Front Populaire ce qui nous a permis de constituer la première force politique de l’Assemblée Nationale.

Bien que ces législatives anticipées aient été une victoire sociale, écologique et populaire de la gauche et de ses électeur·rice·s, il s’en est suivi un véritable déni démocratique de la part d’Emmanuel Macron qui a refusé de nommer un·e Premier.ère Ministre issu·e des rangs de la gauche. Dans un contexte de crise politique, nous en sommes au deuxième gouvernement de droite avec des personnalités réactionnaires, racistes, homophobes et classistes dont les valeurs sont strictement opposées à celles qui ont poussé les électeur·rice·s à voter majoritairement pour le Nouveau Front Populaire, nous nous positionnons d’autant plus pour que la gauche résiste à ce déni démocratique en pesant dans la politique française par l’union. 

Autoritaire, xénophobe et réactionnaire2, le projet de société porté par la droite est profondément nauséabond et doit être mis en échec car contraire à toutes les valeurs défendues par les Jeunes Écologistes et la jeunesse de gauche. Lors des élections européennes de juin 2024, nous aurions pu penser à un triomphe de ce projet. Mais les élections législatives de 2024 nous ont montré, notamment au travers du succès de l’appel au barrage du Rassemblement National par la gauche et la droite macroniste le rejet, par une grande partie des Français·e·s de ce projet de société liberticide. En revanche, l’attitude du président Emmanuel Macron démontre aussi que le barrage ne constitue en rien une base sur laquelle peut se construire un projet alternatif. La nomination d’un Premier Ministre et d’un gouvernement plus droitiers que jamais, malgré la victoire du Nouveau Front Populaire, en est la preuve la plus formelle.

Ainsi, nous, Jeunes Écologistes et toute la jeunesse de gauche, devons tirer deux leçons de cet épisode. La première leçon est que les Français·e·s restent déterminé·e·s à lutter contre l’extrême-droite et ses idées moribondes. Contrairement à ce qu’a pu dire Bruno Retailleau dans les médias3, les Français·e·s considèrent que l’État de droit est sacré et manifestent leur attachement aux institutions démocratiques mais aussi à toutes les avancées sociales. Cependant, la deuxième leçon est que le “Barrage Républicain” est tout bonnement insuffisant et nous démontre que la gauche doit, plus que jamais, partager un contre-récit commun unificateur, construit en amont des échéances électorales afin de lutter efficacement contre les idées nauséabondes de l’extrême droite, destinées à diviser les Français.e.s. L’union de la gauche est donc, à court terme, la réponse à la menace brune. Nous voulons et devons continuer à nous ancrer dans cette lutte contre l’extrême droite à travers le travail politique et idéologique nécessaire à une union des gauches.

L’union électorale de la gauche doit également être renforcée et consolidée par une union programmatique et idéologique au préalable et associée à des objectifs de lutte sur le long terme. 

D’une part car un accord programmatique solide nous permettra d’aborder les élections et l’exercice du pouvoir de manière plus certaine, ce qui ne peut que nous être bénéfique d’un point de vue électoral. D’autre part, cette alliance nous mènera vers une société plus apaisée sur le plan social et écologique. 

En effet, de l’accès de la gauche au pouvoir, permis par son alliance, doit découler une série de mesures sociales (abrogation de la réforme des retraites, augmentation des salaires, revalorisation des aides sociales, réparation des services publics…), écologiques (Grand Plan Écologique, isolation des logements, volet climatique de l’ISF…) et économiques (retour de l’ISF, réindustrialisation…). 

Cette société régénérée par un pouvoir de gauches plurielles devra lutter contre la pauvreté, tous les types de discriminations (sexiste, LGBT-phobe, raciste, antisémite, xénophobe, validiste…) et devra accomplir les combats intersectionnels. 

D’autre part, le projet de société que les Jeunes Écologistes appellent de leurs vœux – et autour duquel la gauche doit se rassembler – se veut en rupture avec la triple oppression qui pèse sur le vivant dans son ensemble : l’oppression capitaliste, l’oppression patriarcale et l’oppression raciste et coloniale. Ces valeurs fondamentales et les mesures qui en découleront se construiront à travers des institutions démocratiques. 

L’union de la gauche, au-delà des objectifs électoraux, est essentielle à une évolution de notre société vers une société du “care” et non du profit économique. Elle permettra de nouveaux droits sociaux et une lutte accrue contre les discriminations structurelles. 

Sources :

1 :   Résultats à retrouver sur le site du Ministère de l’Intérieur 

2 :  Benjamin König, “Législative 2024 : avec le RN au pouvoir, 0% social, 100% autoritaire”, L’Humanité, 27 juin 2024, URL : https://www.humanite.fr/politique/jordan-bardella/legislatives-2024-avec-le-rn-au-pouvoir-0-social-100-autoritaire 

3 :  Le Monde avec AFP, “Les propos de Bruno Retailleau sur l’Etat de droit et l’immigration suscitent la réprobation des macronistes”, Le Monde, 30 septembre 2024, URL : https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/09/30/les-propos-de-bruno-retailleau-sur-l-etat-de-droit-et-l-immigration-suscitent-la-reprobation-des-macronistes_6339655_823448.html 


DISPOSITIF

Les Jeunes Écologistes s’engagent à soutenir sans hésitation une union de la gauche si elle remplit les trois conditions suivantes, donc si elle s’avère être :

  • De gauche, à savoir une union qui défend :
    • Une société de l’émancipation des citoyen·ne·s, libéré·e·s de l’aliénation et de l’exploitation au travail, des diktats de genres et des discriminations systémiques
    • Une société qui place l’humanité comme partie de la nature – bien commun inaliénable – et donc comme responsable de sa conservation et de sa régénération
    • Une société qui place le bien être en son cœur et qui refuse d’être guidée par la croissance économique  
    • Une société qui défend la justice sociale par la redistribution des richesses, qu’elles soient financières, matérielles, ressources naturelles, patrimoines culturels… 
    • Une société qui affirme sa dimension multiculturelle et protège les particularités des peuples qui la composent
    • Une société qui considère les peuples comme égaux, est responsable devant eux des dommages qu’elle leur cause et qu’elle leur a causés, défend le droit international et celui des peuples à disposer d’eux-mêmes
    • Une société démocratique, où chacun·e est écouté·e et représenté·e, et où les décisions sont prises par le peuple et pour le peuple
  • Représentative électoralement des différentes forces de gauche, avec lorsque c’est nécessaire une candidature fédératrice et apaisée entre celles-ci
  • Une union électorale indispensable pour empêcher l’extrême-droite de s’unir, de gagner une élection, et d’obtenir un quelconque pouvoir

Si une union de la gauche existait sans remplir ces conditions, les Jeunes Écologistes se réservent le droit de la soutenir ou de ne pas le faire, selon leur appréciation de la situation, et l’appelleront à évoluer pour atteindre lesdites conditions. 

Si une potentielle union peut remplir les critères ci-dessus, iels s’engagent aussi à :

  • Appeler à l’organisation (potentiellement électorale) de l’union en question selon ces mêmes critères
  • Rejoindre tous les mouvements qui la prônent
  • Appeler à voter pour pour un·e autre candidat·e membre de l’union des forces de gauche aux législatives ou présidentielles si celui du parti Les Écologistes ne se présente pas ou est éliminé (article 5 de la charte d’autonomie solidaire)
  • Appeler à des candidatures communes fédératrices avec un processus de désignation démocratique ou consensuel

Par ailleurs, même si l’absence de ces critères ne doit pas forcément conduire à un rejet de l’union, les Jeunes Écologistes souhaitent au maximum qu’elle soit :

  • Plurielle, à savoir :
    • représentative de tous les partis politiques de gauche, associations, syndicats et incluant chaque citoyen·ne partageant les même valeurs et objectifs
  • Préparée, à savoir :
    • Qu’elle se base sur un socle programmatique commun et solide dans lequel les points de dissensions doivent être traités en amont de l’arrivée au pouvoir
    • Qu’elle se base sur un accord électoral formel prévoyant des candidatures communes aux législatives ainsi qu’aux présidentielles
    • Qu’elle ait une gouvernance le plus possible démocratique et en concertation avec le peuple de gauche (primaire pour désigner un·e candidat·e commun·e aux présidentielles, etc)
    • Que la gauche soit fidèle au programme pour lesquels les membres ont été élu·e·s et reste unie une fois élue
  • Permanente, à savoir :
    • Qu’elle soit aussi une union de discussion qui puisse exister en dehors des enjeux électoraux et des partis politiques en se basant sur les acteurs de la société civile et le peuple de gauche 

Dans le but de :

  • Coordonner nos forces militantes et associatives
  • Renforcer les liens humains dans le peuple de gauche
  • →…pour concilier nos différences via le dialogue et l’échange
  • →…pour penser ensemble un projet de société qui nous rassemble
  • →…pour construire un récit fédérateur global