La proposition :

 

La restauration collective, moteur de la structuration à l’échelon régional des filières agricoles biologiques.

L’agriculture biologique demeure peu développée dans notre pays — seulement 2,5 % de la surface agricole. Bannissant OGM, produits chimiques et productivisme, elle préserve la fertilité des sols, la biodiversité et l’eau, tout en consommant moins d’énergie que l’agri- culture conventionnelle. Respectueux de la nature, les produits bio participent également à l’amélioration de notre alimentation et de notre santé.

Pour l’avenir de nos territoires et de nos agriculteurs, notre modèle agricole dépassé doit changer ! L’État et les collectivités doivent accompagner l’essor de l’agriculture biologique en aidant financièrement les reconversions et les installations. Aussi, il convient de favoriser le renforcement des filières biologiques en circuit court en associant les producteurs, distri- buteurs, transformateurs et consommateurs des filières bio régionales.

La restauration collective, avec 11 millions de repas servis quotidiennement constitue un débouché majeur, rémunérateur et local pour le bio. Elle peut être le levier de demain pour la reconversion de notre agriculture !

Avec les Jeunes Écologistes, jouons la bio-collectif !

 

Le texte complet :

Après le Second conflit mondial, la Politique Agricole Commune est mise en place pour accroître la production alimentaire afin de nourrir la population européenne croissante. Son objectif d’autosuffisance alimentaire est atteint en 1975. À force de mécanisation et de chimie, la France a réussi à produire plus. Mais la course au productivisme et les logiques de marché ont eu des effets dévastateurs sur l’environnement, les paysans et le consommateur.

Un désastre environnemental, sanitaire et social

L’utilisation massive d’intrants (pesticides, engrais de synthèse), un mauvais travail de la terre (épandages abusifs de lisier, labour ..) ont contribué à la dégradation des outils naturels de production agricole que sont les auxiliaires, les pollinisateurs, le sol et l’eau !

Les phytosanitaires nuisent également à la santé humaine, comme en témoigne la forte hausse du taux de cancer chez les consommateurs et agriculteurs. Nous sommes ainsi la première génération de l’Histoire qui pourrait vivre en moins bonne santé que ses parents.

Les agriculteurs sont victimes des conséquences de la libéralisation du marché agricole.

Les accords de Blairhouse, mais aussi la PAC, ont placé l’agriculture dans une logique de Marché. En ont découlé des investissements agricoles de plus en plus importants, pour satisfaire aux objectifs de production toujours plus élevés, entraînant mécaniquement une baisse des prix à la vente et une baisse des revenus.

Aujourd’hui, ⅓ des fermiers sont en faillite. Un paysan se suicide chaque jour. [1]

En outre, les agriculteurs rencontrent des problèmes d’installation. L’augmentation du prix de l’ha de terre agricole (+45 % en 8 ans [2]), conséquence de la spéculation foncière, les empêche d’acquérir les surfaces nécessaires à l’exercice de leur métier. L’artificialisation des terres, par l’étalement urbain, freine aussi l’installation de nouveaux paysans, en réduisant les surfaces disponibles.

Ainsi, 200 exploitations agricoles disparaissent chaque semaine en France [3]. Notre souveraineté alimentaire est à terme menacée.

En réaction à certaines crises marquant les excès d’un modèle agricole en bout de course (vache folle, algues vertes ..), le bio a quitté son statut militant pour se démocratiser, restant cependant hors de la portée des plus modestes.

Quelle situation pour le bio en France ?

Il n’y a aucune volonté politique de contribuer à l’organisation d’une production suffisante en quantité et qualité. L’inverse se produit même, la filière bio française étant mise à mal par les choix politiques actuels. Ainsi, la Loi de finances, votée mi-décembre 2010, prévoit une réduction de moitié – de 4.000 à 2.000 euros – du crédit d’impôt dont pouvaient bénéficier les agriculteurs convertis au bio, alors que le Grenelle de l’environnement promettait 20% de produits biologiques dans la restauration collective publique d’ici 2012.

La France, leader agricole européen, se retrouve donc en 22ème position, sur les 27 pays de l’Union, pour la part de bio cultivée dans sa surface agricole (2,5 % en 2009 4).

Conséquence simple, il n’y a pas assez d’offre pour satisfaire la demande et les filières sont peu organisées.

En dépit du manque de développement de l’agriculture biologique, la société s’accorde sur son intérêt, comme le montre une consommation du bio en constante hausse. Une réorientation de la politique agricole française vers un soutien massif à l’agriculture biologique est indispensable !

Comment résoudre ce déséquilibre entre offre et demande ?

Un levier possible : la restauration collective

Les années 70 ont vu le développement de l’urbanisation, et de la restauration collective publique.

Aujourd’hui, 11 millions de repas y sont servis chaque jour. Même si, début 2011, un établissement de restauration collective sur deux proposait de manière ponctuelle des produits bios, la part des aliments issus de l’agriculture biologique dans les commandes publiques reste marginale (1,8% en 2010 [5]).

Par son développement territorial homogène et la régularité de ses commandes, la restauration collective peut être un levier pour la reconversion de notre agriculture. Le développement du bio à grande échelle ouvrira d’importants débouchés et incitera les agriculteurs conventionnels à se convertir à l’agriculture biologique.

Le passage au bio de toute notre restauration collective participera à une conversion à long terme de notre modèle agricole dépassé, en conjuguant les intérêts de tous. Cette mesure permettra aux consommateurs d’avoir accès à une alimentation saine, à un prix abordable, aux agriculteurs de vivre dignement tout en respectant l’environnement.

L’agriculture biologique favorisera, de surcroît, l’emploi en zone rurale, car exige 30% de main d’œuvre en plus.

Le constat est donc unanime : l’agriculture intensive n’a plus d’avenir pour l’horizon 2072 ! Les systèmes de production doivent évoluer pour répondre aux défis sociaux, sanitaires et écologiques de demain.

Nous voulons une agriculture respectueuse des hommes et de la nature, assurant qualité alimentaire et sanitaire, respectant équilibres écologiques et biodiversité, redonnant sens au travail paysan et rémunératrice : une agriculture eco-responsable et paysanne.

La révolution ne doit pas se faire que dans le champ, mais aussi dans l’assiette !

Nous voulons que la restauration collective soit le moteur d’une structuration à l’échelon régional des filières agricoles, par une commande croissante de produits locaux issus de l’agriculture biologique et paysanne. En 2072 l’intégralité des plats servis seront bio !

Les modes de consommation devront changer par des politiques d’éducation au goût prônant une nourriture saine et diversifiée. Le passage à un autre modèle agricole impliquera un nouveau mode de vie en réapprenant la saisonnalité des production et en adoptant une alimentation moins carnée.

La découverte du monde rural doit aussi être inscrite aux programmes scolaires pour permettre une meilleure connaissance de l’origine de denrées consommées.

La transition est possible grâce à des politiques ambitieuses, à long terme. Par des mesures incitatives appropriées, nous pouvons reconvertir notre modèle agricole et alimentaire.

Favoriser l’installation et le maintien d’agriculteurs bio

Nous voulons la création de fiducies foncières agricoles offrant le choix à des paysans de céder leurs terres à un organisme régional et démocratique les sauvegardant durablement. Les surfaces protégées seront préservées de toute spéculation sur leur prix et seulement utilisées à des fins agricoles.

Dès 2012, il faut rétablir le crédit d’impôt initial dont pouvaient bénéficier les agriculteurs bio. En parallèle il faut majorer les aides à la conversion, à l’installation, et au maintien. Au niveau communautaire, nous pouvons influer sur les négociations pour l’élaboration des PAC futures en réclamant l’augmentation des aides et plus de subsidiarité dans la mise en place des politiques agricoles nationales.

Partisan du fédéralisme, nous voulons donner la gestion de ces aides aux régions.

Réduire l’empreinte écologique de l’agriculture

Un meilleur travail du sol, l’assolement des cultures, l’association des plantes, la lutte biologique contre les nuisibles sont autant de préceptes de l’agro-écologie permettant aux agriculteurs de réduire leur consommation de phytosanitaires. Il convient de diffuser la connaissance et la pratique de ces méthodes au sein du monde agricole.

Le rapprochement des lieux de production et de consommation, permis par la restauration collective, et la réduction de la taille du cheptel français conduiront à la réduction des émissions de CO2 du secteur agricole.

Les services écosystèmiques doivent être récompensés. Sur le modèle Costaricais, les entreprises bénéficiant de services environnementaux, liés à l’agriculture, redonnerons une partie de leurs bénéfices aux paysans. Les compagnies des eaux pourraient, par exemple, verser de l’argent aux agriculteurs pour diminuer leur utilisation des pesticides.

Les paysans doivent devenir indépendant en semences. Cela passe par une reconnaissance des anciennes variétés, non inscrites au Catalogue officielle des semences français, et un refus constant des OGM.

Structurer l’agriculture biologique et rendre ses produits accessibles

L’argent versé à la France, dans le cadre de la PAC, peut être utilisé pour la réorientation de notre politique alimentaire. Le bio réputé plus cher que le conventionnel peut voir ses surcoûts réduits.

Sur les 11 milliards d’euros reçus, une partie peut être transféré aux repas servis en restauration collective. En accroissant leur prix, nous relancerons la demande en produits de qualités et de proximités dans l’agriculture française. Les agriculteurs, depuis toujours demandeurs d’une rémunération par les prix et non pas par des subventions, pourront enfin vivre dignement de la vente de leur produits.

La lutte contre le gaspillage alimentaire, la diversification des apports protéiques, la suppression des exhausteurs de goût sont également des moyens sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour rendre accessible le bio.

Les commandes de la restauration collective publique sont soumises au Code des Marchés et ses incontournables règles, telles que la mise en concurrence, ou la durée limitée du marché. En partenariat avec la FNAB, il faut inventer de nouveaux dispositifs permettant de pérenniser les filières locales de production, en prévoyant des durée d’exécution plus longues, et une mise en concurrence à échelle régionale afin de garantir la proximité des produits achetés.

Les closes favorisant les produits locaux et respectueux de l’environnement doivent être encouragées.

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