Samedi dernier à 2h30, l’un des réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim a été mis à l’arrêt. Cette centrale, la plus vieille de France, fonctionne depuis les années 1970 et fait donc partie du parc nucléaire français qui représente 70% de la production d’énergie, une des plus importantes contribution au monde. Depuis les années 2000 de nombreuses enquêtes et rapports ont mis en évidence les anomalies répétées et autres irrégularités : départs de feu, manque de rigueur dans le traitement des déchets, fragilité des cuves, tuyauteries et câblages, localisation dans une zone sismique…


Les Jeunes Écologistes saluent la fermeture de cette centrale. L’énergie nucléaire est une catastrophe d’un point de vue éthique, économique, sécuritaire, sanitaire et environnemental. En effet, la totalité de l’uranium consommé par les centrales françaises est importé de l’étranger dans les conditions d’un impérialisme et d’un néo-colonialisme total vis-à-vis des pays producteurs. Cela remet en cause la prétendue “indépendance énergétique” de la France via le nucléaire. Pour les personnes qui y travaillent et sont exposées à la radioactivité, les risques sont très importants, notamment en termes de cancers accrus. Le nucléaire est également une énergie chère, et de plus en plus en comparaison aux énergies renouvelables, à cause des coûts relatifs à l’entretien et le maintien aux normes de sécurité des centrales dans la perspective d’une utilisation prolongée. Ces normes sont nécessaires tant il s’agit d’une technologie dangereuse, les accidents de Tchernobyl et Fukushima étant là pour nous le rappeler. Ces catastrophes ont créé des zones entières où les habitations ont dû être désertées. Par ailleurs, les déchets nucléaires sont un fardeau laissé aux générations futures qui auront la responsabilité de les gérer alors que certains d’entre eux mettront plusieurs milliers d’années à perdre en radioactivité. Nous refusons de mettre sous le tapis ces problématiques, qui doivent faire l’objet d’un débat public et démocratique, et condamnons la répression mise en oeuvre contre les opposant·e·s au nucléaire, notamment à Bure sur le site du projet d’enfouissement de déchets nucléaires.

Les Jeunes Écologistes regrettent que la fermeture de Fessenheim décidée durant le mandat de François Hollande pour 2017 ait été de trop nombreuses fois repoussée. Finalement, celle-ci se produit sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, et ne semble avoir comme objectif que de verdir un peu son discours pendant que, “en même temps”, il demande au PDG d’EDF d’étudier la possibilité de construire 6 nouveaux réacteurs EPR [1]. Les Jeunes Écologistes ne considèrent pas cette nouvelle génération de centrale nucléaire comme l’avenir de notre production électrique mais, au contraire, comme un prolongement insensé du “tout nucléaire”. Nous savons en effet que le développement de ce type d’énergie se fait au détriment de l’investissement dans les énergies renouvelables. 

La fermeture de Fessenheim n’est pas “un assassinat écologique” comme le clame le Rassemblement national qui montre bien l’inanité de sa politique en matière d’écologie. Les salarié·e·s de la centrale méritent toute notre considération. La question de l’emploi est un enjeu d’importance, pour lequel il est trop facile d’énoncer des chiffres trompeurs, l’industrie du nucléaire étant une grande utilisatrice de contrats intérimaires et où l’opacité des conditions de travail est la règle. Une vraie politique d’écologie sociale demande un accompagnement dans la transition énergétique qui ne peut avoir lieu qu’avec un État s’engageant financièrement à une reconversion des travailleur·se·s. Dans cette région marquée par les délocalisations successives, la fermeture de Fessenheim doit être l’occasion du développement d’emplois non-délocalisables et de repenser l’aménagement de ce territoire.


Les Jeunes Écologistes appellent à la sortie totale du nucléaire. L’énergie nucléaire n’est qu’un leurre que les tenants du libéralisme essayent de nous présenter comme une solution au changement climatique en cours. Ne nous y trompons pas, il n’y a pas de capitalisme vert. Et pour arrêter le désastre actuel, c’est bien du modèle productiviste et du tout croissance qu’il faut sortir. L’avenir énergétique de l’Europe et de la France passe par une frugalité dans la consommation d’électricité, un recours accru aux énergies renouvelables et une meilleure connexion des réseaux de productions avec nos voisins frontaliers. 

[1] https://reporterre.net/Le-gouvernement-projette-la-construction-de-six-reacteurs-EPR

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