Le caractère inédit de la crise sanitaire que nous traversons justifiait un temps d’arrêt, pour bien prendre la mesure des événements et analyser les informations qui nous parvenaient. Le taux d’abstention record ainsi que la succession de révélations de ces derniers jours, au premier chef les aveux d’Agnès Buzyn attestant que l’information sur la gravité du Covid-19 circulait en haut lieu dès janvier 2020, nous mène à adopter une position sceptique face au maintien des résultats de ce premier tour. Une véritable réflexion doit s’opérer sur les conditions d’exercice de la démocratie en temps de crise.

Le premier tour des élections a eu lieu il y a plus d’une semaine maintenant. Jamais une soirée électorale n’a semblé aussi étrange : pas de rassemblement prévu, peu de plateau télévisé, un record d’abstention avec entre 20 et 40 points  de plus qu’en 2014 pour certaines villes, un deuxième tour qui n’a pas eu lieu le dimanche suivant.

Les résultats sont en demi-teintes. Perpignan risque notamment de rejoindre Fréjus et Béziers dans la triste liste des villes tenues par le RN. Les Jeunes Ecologistes apportent tout leur soutien à l’opposition et aux habitant.e.s qui vont probablement devoir faire face à des mesures de violence sociale, d’autoritarisme, de racisme, de perte de financements pour les associations progressistes. Nous nous réjouissons néanmoins de la percée écologiste dans des grandes villes telles que Lyon, Grenoble, Strasbourg ou Bordeaux, et quelques villes moyennes et petites. Cela montre à quel point la question de l’écologie politique pèse dans les esprits et dans les urnes désormais, même si il faut bien sur garder en tête la représentativité très faible de ces résultats.  

Une semaine après le scrutin, alors qu’il est clair désormais que le second tour n’aura pas lieu de sitôt, nous nous interrogeons sur la légitimité d’un maintien des résultats du premier tour : les conditions dans lesquelles le scrutin a été tenu a sévèrement entamé le principe de sincérité du scrutin, qui exige que l’ensemble des électeurs puisse librement faire leur choix d’aller voter ou non – chose que la crise sanitaire et les craintes que chacun.e pouvait avoir pour sa santé ont rendu impossible. La plus ou moins grande vulnérabilité de chacun.e face au virus a pour sa part entamé le principe d’égalité des électeur.ice.s devant le scrutin, autre composante essentielle de la sincérité du scrutin. La prise de parole du Premier Ministre à la veille du premier tour ajouta à la panique et écarta définitivement toute possibilité de tenue du vote dans des conditions sereines. Par ailleurs, une élection se tient d’un bloc, et l’espacement temporel considérable entre les deux tours ajoute à notre perplexité face au maintien des résultats du premier tour.

Les Jeunes Ecologistes rappellent que la démocratie ne se limite pas à l’acte de vote en lui-même : les conditions du vote sont déterminantes. Les révélations d’Agnès Buzyn quelques jours après la tenue du scrutin, annonçant qu’au plus haut il était su dès janvier que la crise du Covid-19 serait grave et toucherait un nombre important de Françaises et de Français, finissent de nous convaincre de l’irresponsabilité totale du gouvernement, et notamment dans son choix de maintenir ce premier tour – ce juste avant de faire basculer le pays dans une situation de confinement et d’en appeler en usant d’une rhétorique guerrière à la mobilisation générale contre le Covid-19. 

On ne bricole pas un acte démocratique ; on ne le maintient pas non plus à tout prix lorsque l’on sait que la sincérité du scrutin ne peut plus être garantie. Et encore moins lorsque la santé et la vie des votant.e.s, des assesseurs et des personnels municipaux, sera mise en danger. Le vote est donc à refaire.

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