Syndicats étudiants, organisations de jeunesse politique, mouvements et associations écologistes… ces dernières semaines, la jeunesse dans toute sa diversité s’est mobilisée contre la réforme des retraites. Nous ne nous satisfaisons aucunement du retrait – par ailleurs temporaire – de l’âge pivot : il s’agit là d’un enfumage qu’il était aisé de voir venir. Au-delà des questions de détail et des mesures spécifiques, c’est tout l’esprit de la réforme que nous dénonçons et dont nous demandons le retrait. 

Les Jeunes Écologistes appellent la jeunesse à poursuivre la mobilisation aux côtés des syndicats étudiants et professionnels, à participer aux manifestations et à être présent.e.s dans la rue ce jeudi 16 janvier.



En plus de rejeter l’esprit même qui gouverne la réforme, nous refusons la logique de division qui sous-tend la clause d’antériorité (ou “clause du grand-père”) et ses dérivés, par laquelle le gouvernement, espérant désamorcer la contestation, propose de n’appliquer la réforme qu’aux nouvelles et nouveaux embauché.e.s. Cela faisant, le gouvernement admet indirectement la dimension régressive de son projet, tout en envisageant tranquillement de faire porter ce poids aux jeunes générations, comme il lui fait porter aussi le poids de son inaction face au péril climatique. 
 
Essayer ainsi de diviser les opposant.e.s de la réforme, c’est oublier qu’on ne manifeste pas pour la défense de ses intérêts individuels : contrairement à ce que croit le gouvernement, la France n’est pas le pays des corporatismes mais bien celui des solidarités, et notamment des solidarités intergénérationnelles qui structurent le régime par répartition. Nous manifestons aujourd’hui au nom d’un idéal social commun, dont la justice sociale et la dignité sont des composantes structurantes, et de fait nous manifestons pour toutes et tous et non pour la défense de ses intérêts individuels. Le mouvement actuel est porté par un attachement viscéral à la justice sociale, qui structurent le régime de retraites tel que nous le connaissons aujourd’hui et que nous héritons du CNR et des luttes syndicales et sociales successives auxquelles nous devons la progression des droits sociaux.
 
Contre une vie de précarité
 
L’immolation d’un étudiant à Lyon devant un CROUS le 8 novembre 2019 a mis en lumière la progression de la précarité chez les jeunes, contraints déjà de cumuler les petits boulots à côté de leurs études, peinant à se loger et à se nourrir, entrant de plus en plus difficilement sur le marché du travail et décrochant de plus en plus tardivement un CDI (et parfois n’en décrochant tout simplement pas). La précarité se généralise et devient un mode d’existence auquel nous serions sommés de nous adapter. Avec cette réforme, elle s’immiscerait jusque dans ce temps jusque-là préservé de la retraite. La politique du gouvernement nous entraine dans une dynamique régressive, entamant partout nos droits et dégradant nos conditions d’existence, et dont cette réforme des retraites est une parfaite illustration.
 
C’est donc au nom de notre droit à un avenir viable et vivable, libéré de la précarité, que Les Jeunes Écologistes se mobilisent aujourd’hui contre la réforme des retraites.
 
Contre la réforme des retraites, contre Macron et son monde
 
Le débat et les mobilisations autour de la réforme des retraites dépassent de loin les questions techniques sur tel ou tel aspect de la réforme. Ce qui est visé est l’esprit même de la réforme et le monde qu’elle nous promet. Ce qui est visé c’est une conception du temps comme devant être soumis intégralement aux logiques marchandes et productives. Ce qui est visé c’est un aveuglement aux déterminismes sociaux et à la pénibilité des journées de travail qui à terme influe sur l’espérance de vie et le temps passé à bénéficier de sa retraite.  
 
Nous nous inscrivons en faux par rapport au discours consistant à invoquer l’esprit de “responsabilité” envers les jeunes générations et générations futures pour justifier des politiques budgétaires et des mesures d’austérité. Cela revient à réparer un robinet dans une maison qui brûle. La priorité absolue est l’urgence écologique, c’est un péril qui compromet très directement nos avenirs à toutes et tous. Les calculs du COR ne font pas sens car ils n’intègrent à aucun moment les immense bouleversement sociaux et économiques qui surviendront lorsque les manifestations tangibles du dérèglement bioclimatique adviendront. Les prévisions de croissance sur lesquels se basent ces calculs (de 1 % à 1,8 % à horizon 2070) sont à double titre absurdes : la croissance est ce qui détruit les conditions d’habitabilité du système-Terre dont nous dépendons toutes et tous, et de surcroît la croissance ne pourra de toute manière pas se poursuivre dans une société entrée en crise constante du fait des catastrophes répétées et de la difficulté d’accès aux ressources qu’engendrera le dérèglement bioclimatique.
 
L’ensemble du pacte social doit être repensé à l’aune de l’urgence écologique, qui est aussi une formidable opportunité pour réinventer des imaginaires politiques et aller vers une société du temps libéré et du bien vivre. C’est dans ce cadre qu’il faut penser un autre projet de réforme des retraites.
 
 
Nous nous opposons à la clause du grand-père, qui revient à faire porter le poids d’une réforme injuste et socialement destructrice aux jeunes générations déjà condamnées à porter celui de l’inaction des dirigeant.e.s face à l’urgence climatique. 
 
Nous nous opposons au régime par points, qui remplacerait la logique de solidarité intergénérationnelle structurant le régime par répartition et introduirait une logique individuelle et comptable dont les plus précaires et les femmes seraient les perdant.e.s. L’incertitude autour de l’évolution de la valeur du point ne pourra être levé par aucune annonce gouvernementale. A terme, le montant des pensions pourra plonger en cas de choc économique ou financier : l’exemple des pensions suédoises lors de la crise de 2008-2009 nous en a donné l’exemple. Les modalités prévues concernant le pilotage du point, qui serait recentré au niveau de l’Etat et où les partenaires sociaux n’auraient que peu leur mot à dire, n’augure rien de bon en termes de transparence des décisions prises et de garanties du niveau du point.
 
Nous nous opposons au calcul du montant des pensions sur l’ensemble de la vie active, qui désavantage les personnes ayant des carrières hachées -ce qui est le cas pour de plus en plus de personnes, notamment les plus précaires d’entre nous. C’est par ailleurs particulièrement le cas pour les femmes qui se trouveront largement désavantagées par ce mode de calcul. 
 
Nous nous opposons à l’instauration d’un âge pivot ou “âge d’équilibre” qui n’est qu’une façon détournée d’obliger les Françaises et les Français à travailler plus longtemps. Les plus précaires n’auront d’autres choix que de travailler jusqu’à cet âge d’équilibre, quel que soit leur état de santé, car le malus qui s’imposera s’ils décident de partir avant les privera d’une pension suffisante pour vivre correctement.
 
Nous rejetons la novlangue macroniste et dénonçons les injustices et inégalités qu’elle masque. L’ « universalité » qu’invoque le gouvernement est un faux semblant hypocrite : seuls quelques-uns sont supprimés, au fur et à mesure des négociations certains sont réintroduits dans des logiques purement clientélistes et stratégiques. Par ailleurs, ces régimes spéciaux sont le produit de luttes sociales ancrées dans notre histoire, leur mise en place constituait une victoire et permettait une prise en compte véritable des spécificités de chaque profession, notamment en matière de pénibilité. Les objectifs de « simplification », de « lisibilité » et d’« universalité » servent donc ici de masque pour une réforme injuste, créatrice d’inégalités, et oublieuse de notre histoire sociale. 
 

Un autre projet est possible ; il doit être réfléchi dans le cadre d’une refondation du pacte social à l’aune d’un projet de société écologiste.
 
Nous, Jeunes Écologistes, réclamons :
 
Le retrait de la réforme des retraites. Nous en contestons les fondamentaux et la refusons comme socle de discussion.
 
Le maintien du système par répartition qui garantit la solidarité intergénérationnelle.
 
Une prise en compte véritable de la pénibilité et des conséquences qu’elle peut avoir sur l’espérance de vie. Un ouvrier à 60 ans a devant lui, en moyenne, près de dix ans d’espérance de vie (donc dix ans de droits) de moins qu’un cadre supérieur ; la proposition de réforme actuelle n’en tient aucunement compte.
 
Une égalité salariale réelle entre hommes et femmes : relever les salaires des femmes est une manière simple et directe d’augmenter le niveau de cotisation et d’écarter l’argument du déficit du régime de retraites.
 
Une allocation d’autonomie permettant aux jeunes de financer leurs années d’études sans avoir à travailler ou dépendre de leurs parents. Nous demandons que soient prises en compte les années d’études dans le calcul des pensions de retraite. Les stages et expériences professionnelles doivent toutes être rémunérées, et nous permettre de commencer à cotiser pour les retraites  
 
– L’ouverture d’un large débat sur la place du travail et du droit au repos dans la perspective d’une société post-croissance, en rupture avec le travaillisme et le productivisme hérités d’un XXème siècle dont il faut sortir en réinventant les modalités du pacte social. Il y a urgence à replacer l’ensemble des débats sociaux et sociétaux dans le cadre de l’urgence écologique et du risque d’effondrement des écosystèmes, en rompant clairement avec le système qui nous a conduit à cette situation. 
 

Il est question de nos avenirs à toutes et tous, la génération climat ne se résignera pas à se voir priver ni de retraite, ni de planète. 

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