EXPOSÉ DES MOTIFS

(Dans un soucis de compréhension, la mention “Tour de France” fait ici référence à l’épreuve masculine de trois semaines)

« Personnellement, je n’arrive pas à faire l’économie d’une forme de culpabilité ». Cette phrase, prononcée par le coureur cycliste français Guillaume Martin avant le départ du Tour de France 2023, résume à elle seule les préoccupations liées à l’impact écologique de l’événement cycliste. 

Le caractère populaire de La Grande Boucle n’est plus à démontrer. En 2023, 42 millions de Françaises et de Français ont suivi la course en direct sur France Télévisions, le diffuseur officiel. Le chiffre passe même à 150 millions de téléspectateurs et téléspectatrices en Europe. La course dépasse les classes, les âges et les nationalités, pour en faire un fleuron sportif et culturel hexagonal. C’est ainsi de part cette visibilité, de cette popularité, que nous nourrissons des exigences fortes d’exemplarité de la part de l’entreprise privée Amaury Sport Organisation (ASO), qui organise chaque année le Tour de France. 

Des efforts ont déjà été entrepris dans ce sens : l’intégralité des véhicules de l’organisation roulent aujourd’hui en électrique ou en hybride, l’ensemble des camions de logistique fonctionne au biocarburant, le plastique a disparu des emballages des cadeaux offerts par la caravane publicitaire, les zones de collecte dédiées aux déchets des coureurs lors des étapes ont été multipliées au fil des années… De belles initiatives, frôlant parfois le greenwashing, qui permettent à ASO de bomber le torse en indiquant avoir réduit de 37% son empreinte carbone depuis 2013, pour atteindre 216 388 tonnes CO2e lors de l’édition 2021, quand les Jeux olympique d’été émettent en moyenne 3,5 milliards de tonnes de CO2, et que Roland-Garros dégageait près de 155 000 tonnes de CO2 en 2018.

Si un premier pas a été franchi, le chantier est encore grand afin de faire du Tour de France un événement sportif exemplaire et vertueux, que nous appelons de nos vœux. 

Si la sécurité et les équipes, ainsi que la caravane publicitaire, les espaces invités et les zones d’animation ne représentent respectivement que 1,7% et 4,2% du total des émissions carbone, le gros enjeu reste celui des spectateurs, spectatrices, téléspectateurs, téléspectatrices et internautes, qui émettent 94,1 % des 216 388 tonnes CO2e de la compétition.

Comme n’importe quel événement d’envergure, le déplacement figure ici comme le nerf de la guerre, alors que 10 millions de passionné.es se pressent chaque année sur le bord de la route pour applaudir les 176 coureurs. Plus qu’encourager, nous souhaitons que l’organisateur impulse une véritable stratégie modale, en collaboration avec les collectivités, afin que le public puisse se déplacer en vélo, en covoiturage, en TER ou en transports en commun lors des différentes étapes. Un cahier des charges plus ambitieux doit ainsi voir le jour dans le choix du tracé de chaque Tour de France, afin de privilégier d’abord et surtout les villes-étapes ayant une politique des mobilités avancée, et en choisissant des villes de départ et d’arrivée proches de gares routières et ferroviaires. En ce sens, il faut également lancer un partenariat avec des plateformes de covoiturage pour modifier en profondeur le déplacement du public.

Si l’épreuve met à l’honneur les paysages et la richesse géographique de l’Hexagone (qui connaissait La Planche des Belles Filles il y a encore quinze ans ?), son impact sur la biodiversité est réel. A ce titre, nous souhaitons que le tracé du Tour de France limite davantage sa présence dans les zones Natura 2000 à travers une réglementation plus stricte. 

L’utilisation à chaque jour de course de sept hélicoptères pour la captation de l’événement tend également à perturber l’environnement naturel, quand ils ne perturbent pas eux-mêmes les coureurs ! L’utilisation de drones, comme expérimentée par France Télévisions lors de la dernière diffusion en mars de la course Paris-Nice, s’avère être une amélioration qui devrait se généraliser. 

Plus sensible est le sujet des sponsors de La Grande Boucle. Skoda, Continental, Yamaha : il nous semble antinomique qu’un événement souhaitant promouvoir une pratique populaire du vélo s’associe avec des partenaires faisant la part belle à un imaginaire et des valeurs opposées au cyclisme. Nous sommes persuadé.es qu’ASO, avec plus de 71 millions d’euros de bénéfice en 2021 (malgré la période COVID), a les moyens de se montrer plus intransigeante dans ses choix de sponsoring.

Enfin, si le plastique a progressivement disparu, d’autres efforts concernant la caravane publicitaire sont à mener, en interdisant les emballages à usage unique, afin de renforcer l’image exemplaire et vertueuse qu’ASO, comme les Jeunes Ecologistes, souhaite affirmer vis-à-vis du Tour de France.

DISPOSITIF

Ainsi, les Jeunes Ecologistes demandent à ASO : 

  • de développer une véritable stratégie modale pour les spectateurs et spectatrices, en collaboration avec les collectivités, avec notamment un partenariat avec des plateformes de covoiturages
  • la mise en place d’un cahier des charges ambitieux dans le choix du tracé de chaque Tours, en privilégiant les territoires avec une politique des mobilités avancée, et en limitant davantage les zones Natura 2000
  • la réduction de l’utilisation d’hélicoptères pour la captation et la transmission de l’événement
  • une remise en question des choix de sponsoring, en écartant les marques opposées aux valeurs de l’événement
  • l’interdiction des emballages à usage unique pour la caravane publicitaire