Votée par le Parlement des Jeunes Écologistes le 1er juin 2025

EXPOSÉ DES MOTIFS

Croissance, croissance, croissance. Si la laïcité est de plus en plus sujette à débat, il est un Dieu qui n’est jamais remis en question : celui de la croissance. Dans nos sociétés capitalistes, la croissance (sous-entendu “croissance économique” ou croissance du Produit Intérieur Brut) est en effet devenue une sorte de divinité auquel l’ensemble des décideurs politiques continue de croire dur comme fer. Un problème de déficit public ? Encourageons la croissance ! Une transition écologique à financer ? Cherchons les gisements de croissance ! Des services publics en manque d’argent ? Libérons la croissance ! La croissance serait ainsi la solution à tous les maux de notre société, la pierre angulaire de nos politiques publiques, jamais questionnée, jamais reconsidérée, ce que la sociologue Dominique Méda appelle la “mystique de la croissance”. 

Cependant, si on revient sur l’origine de ce terme, le Produit Intérieur Brut (PIB) a été inventé en 1934 par l’économiste Simon Kuznets, qui avait lui-même averti, dès sa création, du danger de l’utilisation du PIB comme indicateur de bien-être, bien qu’il ait été érigé comme le standard de développement en 1944 pendant la conférence de Bretton Woods. A partir de ce moment, être développé signifie avoir un PIB élevé, et croissance devient synonyme de croissance du PIB.

Toutefois, le PIB ou la croissance de ce dernier omet des pans entiers de l’économie, comme les services non-marchands (les tâches domestiques, l’extra-scolaire, le bénévolat et les loisirs tels que cuisiner, aider un enfant à faire ses devoirs etc), ne dit rien du niveau d’inégalités, de la crise écologique -qui détruit de la richesse, mais n’est pas pris en compte dans cet indicateur brut- et de la crise démocratique, et ne permet pas non plus d’appréhender le niveau de bien-être des personnes vivant dans cette économie. En effet, les recherches montrent qu’il existe une corrélation entre le PIB et le bonheur, avec un plus haut PIB par habitant ou revenu synonyme de davantage de bonheur, mais cette corrélation est vraie uniquement jusqu’à un certain point. A partir d’un certain niveau de revenu (qui permet de satisfaire ses besoins essentiels), gagner plus ne permet plus d’augmenter son bonheur. Chaque unité marginale de revenu supplémentaire devient ainsi non seulement inutile, mais aussi nocif car chaque unité gagnée entraîne davantage de destruction environnementale, ruinant alors la base même de notre bien-être qu’est la biosphère. Ainsi, le rapport Meadows alertait dès 1972 des limites de la croissance, et en 1987 le rapport Brundtland théorisait la notion de développement durable pour esquisser une première alternative au modèle de développement prévalent jusqu’à lors. Nous vivons effectivement dans un monde fini avec des limites, ou “planetary boundaries” (limites planétaires) comme théorisé par les chercheurs du Stockholm Resilience Centre dès 2009. Ainsi, le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, les changements d’utilisation des sols, l’acidification des océans, l’utilisation mondiale de l’eau, l’appauvrissement de la couche d’ozone, l’introduction d’entités nouvelles dans l’environnement (pollution chimique) et l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère constituent les neufs limites planétaires à ne pas dépasser pour maintenir les conditions d’habitabilité humaines sur Terre. Or à ce jour, six des neufs limites sont déjà dépassées, et la 7ème est sur le point de l’être. D’où l’impératif de (re)penser l’économie, pas au-dessus mais bien au sein de la biosphère. 

Il faut  concevoir une économie qui garantisse à tous l’accès aux besoins sociaux (nourriture, eau, revenu, éducation, résilience, voix, emploi, énergie, équité sociale, égalité de genre, santé) pour que toutes et tous puissent vivre dignement sans dépasser les limites planétaires; c’est le concept de l’économie du donut théorisée par l’économiste Kate Raworth en 2012. Le principe est  de faire le point sur notre situation économique actuelle et d’ajuster celle-ci pour concilier plancher social et plafond environnemental. Dans le cas de la France, comme pour les 26 autres pays de l’Union européenne, les besoins sociaux ne sont pas assurés et dans le même temps, le plafond environnemental est largement dépassé. La seule véritable solution pour concilier l’épanouissement collectif et la soutenabilité de notre présence sur Terre implique de repenser notre rapport à la croissance, et de réduire démocratiquement et de manière planifiée notre production et notre consommation pour alléger l’empreinte de notre mode de vie sur les écosystèmes.

En résumé, pour faire perdurer la civilisation humaine et assurer l’épanouissement de toutes et tous, il est aujourd’hui nécessaire de réajuster la taille de notre économie à la baisse jusqu’à ce que son métabolisme biophysique soit soutenable et orienté vers une réponses aux besoins collectifs de l’Humanité plus qu’aux profits de quelques uns. La décroissance ne vaut pas pour toutes et tous. Si elle est nécessaire dans les pays riches en situation de dépassement de leurs seuils, comme la France c’est pour  permettre aux pays dits “du Sud” de pouvoir consommer les ressources nécessaires à leur développement optimal. Par ailleurs, au sein même de chaque pays, il ne s’agit pas de décroître les revenus et la consommation de tous les individus de manière identique: les hauts revenus sont corrélés à une empreinte carbone fortement démesurée – les 10% des Français les plus riches émettent 38 tonnes de CO²eq par an contre 3 tonnes pour les 50% les plus pauvres. Ainsi les accumulations de richesses de quelques-uns devront être redistribuées pour  équilibrer avec les ménages les plus modestes. 

Ensuite, si l’on veut que la décroissance ait encore de la valeur et puisse porter un récit ambitieux, il nous faut réaffirmer sa dimension post-capitaliste. Après le développement durable et la transition écologique, les outils théoriques de l’écologie politique semblent tous avoir été vidés de leur sens pour finalement servir des intérêts capitalistes. Même la sobriété, dont le sens s’approchait originellement de la décroissance, a été dévoyée pour faire porter le coût de la transition énergétique uniquement sur les classes populaires via des “gestes citoyens”, sans remettre en cause la croissance et le modèle néolibéral, ainsi que pour justifier des politiques austéritaires. Le concept de décroissance est un des premiers à intégrer les limites planétaires dans son cadre de réflexion, tout en conservant l’héritage marxiste des luttes passées. Pour éviter une énième instrumentalisation, il est donc essentiel et urgent de bien affirmer que la post-croissance est fondamentalement post-capitaliste. Nous ne pouvons plus nous satisfaire d’un capitalisme keynésien, défendu pourtant farouchement par le Nouveau Front Populaire, qui n’a pour ambition que de compenser les dégâts du système néolibéral avec une intervention de l’État à géométrie variable et non équitable. La décroissance est au contraire une aspiration ambitieuse en ce qu’elle propose enfin de s’attaquer au cœur du problème : nos imaginaires productivistes et la mystique de la croissance présents dans tout le spectre politique qui nous empêchent d’imaginer un autre modèle. Elle a aussi l’avantage de prendre en compte la dimension productiviste du capitalisme. Comme l’a montré André Gorz, ce système se caractérise par l’impératif de la production, induit par les conditions de concurrence et d’économie du marché qui conduisent ultimement à la recherche du profit. Le productivisme, c’est donc la supériorité de la recherche individuelle de profit sur les choix collectifs et raisonnables pour répondre aux besoins de façon adéquate. Cette réalité est évidemment en contradiction totale avec les limites planétaires comme nous l’avons montré. Sans établir une véritable démocratie des besoins post-croissante, on ne pourra donc faire face au capitalisme.

Enfin, notons que la décroissance est à envisager comme un phénomène transitoire, qui vise à atteindre une économie soutenable. Une fois rentrées dans le seuil, il s’agit de basculer dans une économie d’équilibre dite “stationnaire” où les activités économiques sont compatibles avec les requis de protection de la biosphère et avec les minimas sociaux et de redistribution des richesses. Il s’agit donc dans cette motion d’explorer quelques manifestations possibles d’une décroissance et d’un futur post-croissant. 

Sources :

Timothée Parrique, The political economy of degrowth. Economics and Finance, Université Clermont Auvergne [2017-2020]; Stockholms universitet, 2019,
https://theses.hal.science/tel-02499463/document 

Lucas Chancel & Yannic Rehm, The Carbon Footprint of Capital: Evidence from France, Germany and the US based on Distributional Environmental Accounts, 2023,
https://www.dropbox.com/scl/fi/8jsi7pgno80xlhhjsu3zc/ChancelRehm2023CarbonCapital.pdf?rlkey=nu70bve6k1ofmqz2zpttox9gh&dl=1 

Stockholm Resilience Centre, Planetary boundaries,
https://www.stockholmresilience.org/research/planetary-boundaries.html 

Kate Raworth, What on Earth is the Doughnut?…,
https://www.kateraworth.com/doughnut/ 

Dominique Meda, La mystique de la croissance : Comment s’en libérer, 2013, Flammarion https://doi.org/10.3917/flam.domin.2014.01

Rosario Gómez-Alvarez Díaz, Víctor Ernesto Pérez León & Patricia Fuentes Saguar, How close are European countries to the doughnut-shaped safe and just space? Evidence from 26 EU countries, Ecological Economics, 2024, 221, 108189.
https://doi.org/10.1016/j.ecolecon.2024.108189 

L’économie des besoins

Des désirs aux besoins : changer notre perception des besoins

La décroissance part du constat que d’un côté, certains besoins essentiels ne sont pas pourvus pour certaines personnes, et que de l’autre, certaines de nos consommations surpassent les limites planétaires. Jason Hickel estime par exemple qu’il faudrait diminuer le PIB de 30% à 50% pour arriver dans l’espace sûr et juste pour l’Humanité que décrit Kate Raworth. La décroissance serait bien sûr progressive (-5% à -10% par décennie selon Parrique et Hickel). L’indicateur du PIB n’étant pas toujours adapté et la nature de la production changeante, il est difficile de savoir vraiment quelle serait son ampleur mais concrètement, cela reviendrait à revenir au “niveau de vie” des années 1990-2000. Néanmoins, la post-croissance possède de nombreux atouts compensant largement cette apparente baisse matérielle. C’est ce qu’il faut que nous rappelions pour montrer que la décroissance n’est pas une récession subie et ne consiste pas en des restrictions inutiles qu’on voudrait imposer à la société, mais bien en un choix de société basé sur la science qui se veut souverain et heureux. Pour cela, il nous faut reconsidérer notre conception des besoins. En effet, le besoin est un ressenti qui part d’une sensation (avoir faim), s’inscrit dans un environnement donné (avoir besoin d’une voiture pour aller travailler et pouvoir se nourrir) et est construit et orienté par des représentations sociales (avoir besoin de manger de la viande pour bien se nourrir). La perception des besoins peut donc être relative et changeante en fonction de chaque société. 

Voilà pourquoi, si les standards décroissants, dans une société croissante, ne paraissent à prime abord pas désirables et peuvent sembler ne pas répondre aux “besoins” actuels, il peut en être autrement dans une société post-croissance. C’est en effet à travers une évolution des normes sociales pour tendre vers une mentalité de satisfaction des besoins (assez), au lieu d’une recherche continue du davantage (plus) que la décroissance pourra advenir. Cette recherche du plus, plus produire, plus consommer mais également plus travailler, fait partie intégrante des injonctions capitalistes. Dans La Société du Spectacle, Guy Debord montre justement comment le marché joue sur nos envies via les représentations sociales. Herbert Marcuse, de même que Deleuze et Guattari dans l’Anti-Oedipe, complètent en montrant  comment, d’un côté un système autoritaire comme le fascisme peut réprimer les désirs primaires par la production sociale de normes et d’autres désirs, et de l’autre, comment le capitalisme se les réapproprient pour servir ses intérêts. Ainsi, dans une société du spectacle, tous nos désirs ainsi que nos actions servent l’appareil productiviste. Le consumérisme nous détourne de notre autonomie (André Gorz, Hannah Arendt), il aliène et empêche le bonheur issu de la satisfaction pour le remplacer par des désirs instrumentalisés qui créent le manque. Nous devons donc nous réapproprier nos désirs à travers la notion de besoins, qui autorise la satisfaction, plutôt que l’errance illimitée des pulsions, à condition qu’ils soient bien définis. Le fétichisme de la marchandise (Karl Marx) sert le même objectif, et a aussi une dimension plus pernicieuse qui mine le bonheur : celle du matérialisme. Une économie des besoins est donc aussi une économie qui met des limites au matériel pour permettre une émancipation de l’individu à travers le verdissement de ses activités et de ses loisirs. Ce verdissement permet en fait in fine de faire que les sources de plaisirs viennent du contact avec le vivant plutôt qu’avec des produits. La philosophie de la décroissance implique donc que le bonheur ne passe non pas par le plaisir éphémère d’acquérir un objet ni par la conformité à des normes sociales consuméristes mais bien par le temps libre, au sens qu’on met dans nos activités ainsi qu’au lien humain. Cela passe donc aussi par la démarchandisation de la société, transformant les biens et services marchands en communs, dons et liens humains. En clair : instaurer une économie du bonheur pour abolir l’économicisme productiviste et néolibéral. 

Ainsi, dans une société post-croissante, on ne devrait pas avoir “besoin” d’acheter le dernier Iphone pour répondre à des standards consuméristes ou combler un manque de lien humain par une source de plaisir matérielle. La publicité commerciale et l’obsolescence programmée seraient interdites. De fait, la néophilie, qui désigne dans l’ouvrage de Jeanne Guien Le Consumérisme à travers ses objets, une sorte d’obsolescence qui nous pousse à toujours vouloir acheter les produits nouveaux sans en avoir vraiment “besoin” (à l’image des effets de mode) serait également limitée. De même, la dépendance à certains objets peut être amoindrie. Dans la Convivialité, Ivan Illich utilise en effet le concept de programmation industrielle pour montrer la contre-productivité de notre société. C’est le cas par exemple du système automobile étudié par Gabriel Dupuy. Il montre que si la voiture individuelle permettait originellement de gagner du temps, sa généralisation et son institutionnalisation (à travers la construction publique de route etc) a créé un effet rebond qui la rend finalement obligatoire et annule le gain de base. Les espaces automobiles (parkings, routes) prennent énormément d’espace, et la possibilité d’aller plus loin devient une règle se généralisant, augmentant de la sorte la distance entre le domicile et le lieu de travail via la périurbanisation. Cela a finalement créé artificiellement une dépendance à la voiture individuelle ainsi qu’à son coût financier et écologique. Sans compter son coût humain pour la société, via les accidents de la route et la pollution atmosphérique. Elles sont aujourd’hui utilisées principalement pour déplacer une seule personne, alors qu’elles-mêmes font une tonne. Notre “besoin” de voiture est donc purement structurel et organisé. Dans une ville du quart d’heure (concept théorisé par l’urbaniste Carlos Moreno qui consiste en une ville des proximités, où l’on trouve tout ce qui est nécessaire à quinze minutes de chez soi), une société décentralisée et une socialisation des ces ressources (transports en commun), ce besoin n’aurait donc par exemple pas la même dimension et le problème se poserait autrement.

Vivre mieux avec moins : la sobriété comme projet de société

Quand on parle d’une économie soutenable, on pense immédiatement au concept d’une économie fondée sur les besoins. Dès lors, comment les définir ? Si les besoins ont donc une dimension relative, on peut aussi statuer sur des besoins universels, c’est à dire communs à tous les individus sur Terre (pensez à la santé, l’autonomie et la participation notamment), définis par cinq caractéristiques: ils sont objectifs, pluriels, non substituables, rassasiables et transgénérationnels. Ensuite, les méthodes pour garantir à tous la satisfaction de ces besoins sont spécifiques à chaque groupe social, variables dans le temps et dans l’espace, et culturellement différenciés. Chaque société doit donc mettre en place des processus collectifs pour identifier ses véritables besoins (le quoi) et les mécanismes pour les satisfaire (le comment). Pour ce faire, il est utile de convoquer le psychologue Abraham Maslow qui, en 1943, propose une première théorie des besoins humains sous la forme d’une pyramide: en bas, les premiers besoins à satisfaire sont les besoins dits “physiologiques” (nourriture, eau, vêtements, sommeil et respiration). Une fois ces besoins satisfaits, on monte d’un cran pour atteindre les besoins de sécurité puis d’appartenance et d’amour avant de répondre à nos besoins d’estime, et enfin, au sommet, ceux d’accomplissement de soi. Ainsi, une fois un besoin satisfait à un certain niveau, le besoin suivant émerge, et ce de manière lente et graduelle. On peut aussi s’appuyer sur la classification d’Epicure qui catégorisait les besoins humains en besoins naturels et nécessaires (besoins vitaux et liens sociaux), besoins naturels et non nécessaires (esthétiques et sexuels), et besoins vains et vides (soif de possession, de pouvoir, …). Alors que les deux premiers types de besoins doivent être satisfaits (à la fois nécessaire et désirable qu’ils le soient), les derniers excèdent les limites intrinsèques à la nature et sont sources de destruction environnementale et d’inégalités. Ils ne devraient donc pas être mis en avant. En filigrane se dessine en fait le concept de sobriété (ou “sufficiency” en anglais). 

L’idée est de fournir à chacun·e tout ce qui est nécessaire pour lui garantir un niveau de vie décent (nourriture, logement, information, moyens de transports, …) dans la limite du budget carbone restant. En d’autres termes, il s’agit d’utiliser les ressources (qui sont limitées) pour satisfaire des besoins raisonnés afin d’aboutir à un niveau de vie décent universel compatible avec les limites planétaires. Soutenabilité et justice sociale vont alors de pair pour permettre à tous un niveau de bien-être compatible avec la viabilité de la biosphère. Pour le GIEC, ces politiques de sobriété sont un ensemble de mesures et de pratiques quotidiennes qui évitent la demande d’énergie, de matériaux, de terres et d’eau tout en assurant le bien-être humain pour tous dans le cadre des limites planétaires qui peuvent être comprises au travers le prisme du cadre éviter, améliorer, changer (ou “avoid, improve, shift”). Chaque politique peut ensuite être évaluée selon son potentiel en termes d’atténuation (en tonnes de CO2 équivalent). Pour ce qui est d’éviter, éviter les trajets en voiture (vivre sans voiture) et en avion (faire un trajet en avion de moins) sont les mesures qui permettent le plus de réduire son empreinte individuelle (d’environ 2tCO2eq). Pour améliorer, améliorer l’isolation de son logement (réaménager/ rénover son logement) et l’empreinte de son électricité (utiliser des sources d’électricité renouvelables) sont les décisions ayant le plus d’impact. Enfin, pour changer, changer son mode de déplacement (passer aux transports en commun) et son alimentation (adopter une alimentation végane) permettent chacune d’économiser jusqu’à 1tCO2eq. Notons qu’il s’agit ici uniquement d’actions du côté de la demande, mais elles présentent toutefois un potentiel élevé de réduction des émissions. 

La sobriété, ce n’est pas faire des efforts pour baisser notre consommation tous azimuts, mais bien choisir d’autres modes et objets de consommation. Par exemple, plutôt que de s’acheter une énième paire de chaussure, on va faire le choix d’acheter une nourriture plus respectueuse du vivant. De plus, c’est un choix écologique qui a des répercussions économiques. Par exemple, il est bien plus économe de manger végétarien, d’isoler son habitat, d’acheter une pompe à chaleur ou encore d’utiliser une voiture électrique. Mais si ces investissements sont au long-terme rentables, leur coût fixe est très élevé et c’est pourquoi ces achats doivent être accompagnés et aidés pour les populations les plus précaires. Ainsi, la sobriété, c’est avant tout permettre à toutes et tous de faire le choix de la qualité plutôt que de la quantité, et c’est donc, in fine, une mesure écologique de justice sociale.

Pour comprendre le rôle de chaque acteur·rice dans ce monde décroissant puis post-croissant, il faut distinguer quatre types de sobriété : organisationnelle, dimensionnelle, d’usage et collaborative (voir classification proposée par l’ONG négawatt). Tout d’abord, la sobriété organisationnelle consiste à réorganiser les activités et espaces de sorte à favoriser les usages énergétiquement efficients (par exemple, le maire d’une grande ville peut réaménager ses espaces pour créer une “ville du quart d’heure” – de Carlos Moreno). Ensuite, la sobriété dimensionnelle a pour but de diminuer la taille de nos équipements autant que possible (ici, on peut penser que les entreprises automobiles pourraient proposer des véhicules plus petits et moins lourds, adaptés à un usage solitaire urbain). La sobriété d’usage tend, elle, à modérer l’usage des équipements utilisant de l’énergie (pour répondre à une question complexe, un individu pourrait choisir d’avoir davantage recours aux livres et moteurs de recherche classiques qu’à l’IA qui consomme bien plus d’énergie et d’eau). Enfin, la sobriété collaborative se traduit par un partage de la consommation (l’exemple type est le covoiturage mais on peut également penser à la mise en commun d’outils de bricolage ou de jardinage au niveau d’un immeuble).  

Sources :

Abraham Maslow, A Theory of Human Motivation, Psychological Review, no 50,‎ 1943, p.370-396. https://psychclassics.yorku.ca/Maslow/motivation.htm 

GIEC, Sufficiency & sufficiency policies, p532, Demand, Services and Social Aspects of Mitigation,
https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg3/downloads/report/IPCC_AR6_WGIII_Chapter05.pdf

négaWatt, Sobriété et efficacité énergétique,
https://negawatt.org/sobriete-efficacite

Échanges et distribution : comment organiser la richesse

Pour un modèle social équitable et post-capitaliste

Le modèle social néo-libéral repose sur la croissance, avec la théorie du ruissellement comme colonne vertébrale. En augmentant la production, les riches peuvent continuer à s’enrichir tout en contentant le reste de la population avec de légères et précaires hausses de pouvoir d’achat, qui sont directement réinjectées dans l’appareil capitaliste par le biais de la consommation. En clair : augmenter la production plutôt que d’effectuer une distribution des richesses équitable. Néanmoins, depuis que la croissance stagne et que l’économie est entrée en période de maturité, les classes populaires ne bénéficient guère de ce modèle social, et la prise en compte de ses limites se fait sentir.

Un État post-croissant n’a donc d’autres choix que de prélever la richesse là où elle est, mais surtout, construire un modèle où la redistribution des richesses n’est pas nécessaire puisqu’il est d’ores et déjà équitable. Néanmoins, dans une première phase de décroissance, il est nécessaire de commencer par mettre fin aux dominations économiques existantes en agissant directement sur le capital. En effet, comme l’a démontré Thomas Piketty, les inégalités les plus fortes sont celles qui touchent aux patrimoines, et non aux revenus, et c’est donc celui-ci qu’il faut taxer avant tout. Comme l’explique l’économiste Gabriel Zucman, les salaires ne sont pas les principaux revenus des ultra-riches. Par ailleurs, ce patrimoine n’est pas nécessairement le fruit d’un travail qui paye puisqu’il est en grande partie hérité, et n’a pas de réelle utilité productive – comme avec l’héritage ou la rente – contrairement au travail. Pour s’y atteler, il faut s’attaquer avant tout à sa transmission, car c’est une acquisition de richesse absolument dénuée de mérite. L’héritage accorde ainsi  des moyens non plus à celles et ceux qui font mais ceux·lles qui ont, et installe un déterminisme social très important, alors que 36% des milliardaires aujourd’hui le sont grâce à leur héritage(1). Pour mettre fin à la reproduction du capital et garantir une véritable égalité des chances, il faut donc abolir l’héritage. Le revenu universel et l’extension de la Sécurité Sociale permettraient, en complément, à tous·tes d’accéder aux moyens dont iels ont besoin pour construire leur parcours de vie de manière plus équitable, avec le moins d’interférences extérieures possible. Par ailleurs, dans un processus de décroissance, cette mesure est inévitable afin d’avoir un moyen de financement alternatif à la croissance, pour “remettre le compteur à zéro”, et ainsi pouvoir construire un modèle social post-capitaliste robuste, démocratique et sans ingérences financières.

Ensuite, la propriété individuelle devrait aussi être limitée. Par exemple, les logements pourraient être collectivisés. Ils représentent en effet une part toujours plus importante du revenu des ménages (jusqu’à 35% aujourd’hui et en moyenne 22% contre 18% en 1990(2)), alors même que leur revenu a largement augmenté (+66% de niveau de vie depuis 1975(3)). Ces biens vitaux ne peuvent donc pas restés privés mais doivent être socialisés, de la même manière que l’eau, les routes ou certaines infrastructures énergétiques le sont afin d’éviter une spéculation immobilière artificielle et un monopole sur ces biens essentiels. C’est l‘initiative qu’entreprennent par exemple les coopératives d’habitat, qui reposent sur la propriété collective du foncier et des bâtiments. Ses membres sont à la fois habitant·e·s et co-propriétaires au sein d’une coopérative sans but lucratif. Cela permet d’améliorer l’accès au logement en collectivisant l’investissement et en réduisant les coûts liés au profit exorbitant des propriétaires fonciers.

De même, les ressources naturelles productives doivent également être collectivisées, non seulement pour éviter de trop grandes inégalités mais aussi pour assurer la pérennité de ces ressources et la sécurité écologique de ses usager·ère·s. On peut par exemple s’intéresser au principe de la communalisation, qui prône que certains moyens (ressources naturelles, infrastructures de base, savoirs…) soient gérés comme des communs, avec une gouvernance inclusive et locale (inspirée des travaux d’Elinor Ostrom). L’accès en est déterminé par le besoin et la contribution et non par le pouvoir d’achat. Tous·tes les utilisateur·ice·s de la ressource la gèrent collectivement et démocratiquement, selon des règles communes qui visent l’accès équitable à la ressource ainsi que sa préservation et les cadres de son utilisation. C’est par exemple le cas de la Huerta de Valence, un territoire agricole dont la gestion de l’eau repose sur une institution paysanne autonome appelée le Tribunal de las Aguas (le Tribunal des Eaux) qui existe depuis le Moyen-Age. Elle est composée de représentant·e·s élu·e·s des communautés irrigantes et règle les conflits entre usager·ère·s de manière publique et orale. Elle se base sur des règles coutumières acceptées collectivement dont des quotas d’eau, des tours d’irrigation, et des sanctions pour non-respect. Enfin, les communs peuvent aussi concerner des ressources informationnelles comme c’est le cas pour Wikipédia. Cette gestion des ressources produites et non-produites permettrait ainsi de financer les investissements écologiques nécessaires, de préserver les ressources et de construire un système social équitable. 

Un aspect crucial de cette économie post-croissante est la démarchandisation d’une partie de la production. Sortie du marché pour être organisée autour de la solidarité, des coopératives, associations, services publics, et communs prendraient le relais des entreprises en recherche de profits. Dans un monde où la production sera amoindrie et où les désastres climatiques seront très présents et importants, comment penser l’émancipation collective ? Notre modèle social, en s’appuyant sur les mesures d’équité présentées, doit pouvoir offrir une sécurité sociale à la hauteur des enjeux tout en accroissant les libertés individuelles. Par exemple, il faut pouvoir penser l’extension de notre protection sociale, à travers l’approfondissement des domaines déjà couverts ainsi que via l’ajout de certains services comme le logement ou l’alimentation qui font partis de nos besoins essentiels. 

Alors que la précarité alimentaire touche près de 8 millions de personnes en France(4), la Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA) s’impose donc comme une proposition innovante. Trois principes structurent les initiatives émergentes. D’abord, l’universalité : tous les citoyen·ne·s, sans distinction de revenus, y ont accès. Ensuite, la démocratie : ce sont les membres de la caisse alimentaire locale qui choisissent ensemble les produits conventionnés. Enfin, le modèle repose sur une cotisation sociale, assurée par les bénéficiaires elles·ux-mêmes, souvent soutenue par des fonds publics ou privés. Ce service universel et inconditionnel remet ainsi les besoins fondamentaux au centre et considère le droit à l’alimentation comme inaliénable, tout en favorisant l’économie locale et écologique : c’est une nécessité pour un monde post-croissant basé sur la qualité plutôt que la quantité de la production, dans une dynamique émancipatrice. Le dispositif a par exemple été expérimenté à Montpellier par 360 habitant·e·s qui versent chacun·e 1€ minimum par mois à la Caisse. Iels reçoivent en retour 100 Mona (monnaie locale) qu’iels peuvent utiliser dans les points de vente conventionnés par la Caisse. La gouvernance de la Caisse est assurée par 61 cotisant·e·s-bénéficiaires qui forment le Comité citoyen. La SSA a ainsi contribué à la diminution de 50% de la précarité alimentaire quantitative et de 28% de la précarité qualitative, avec 80% des produits consommés qui sont bios (5).

La juste place du marché et de la monnaie.

Contrairement à certaines caricatures, une économie post-croissante ne rejette pas nécessairement le marché ni la monnaie, mais elle redéfinit leur rôle. 

Le marché n’est plus au cœur de l’économie comme interface unique d’échange, mais coexiste avec d’autres formes d’échange : troc, dons, systèmes d’échange locaux, communs. Il est régulé démocratiquement et tout ne passe pas par lui. Il est vital que les secteurs essentiels comme l’eau, l’éducation ou la santé par exemple, soient sortis du marché et assurent, indépendamment d’une quelconque rentabilité, leur mission de bien commun. Dans le marché, il est aussi nécessaire de favoriser les marchés coopératifs, locaux, et éthiques, au lieu des marchés compétitifs et mondialisés qui nuisent à la qualité de vie des êtres humains partout sur le globe et à la biosphère. D’autre part, le marché post-capitaliste n’a pas vocation à être un outil de prédation et de mise en compétition des unités de production. Le concept de main invisible de l’offre et de la demande y est très souvent rejetée. Par exemple, dans le modèle de la coordination négociée de Pat Devine et Fikret Adaman, le prix est uniquement basé sur les coûts de production, sans majoration au titre du profit. Si, pour une marchandise identique, le prix proposé par une unité de production est inférieure au prix proposé par les autres, c’est seulement qu’elle a réussi à diminuer ses coûts de production par de l’innovation dans ses processus. Les instances démocratiques du secteur d’activité ont alors l’objectif de permettre la diffusion de l’innovation auprès des autres entreprises afin d’optimiser l’utilisation des ressources. La concurrence sur les prix se transforme donc en une compétition sur la qualité, et l’innovation peut être stimulée par la volonté collective de préserver nos ressources, de consommer moins, de produire moins.

La monnaie peut aussi rester un outil d’échange, notamment pour rémunérer le travail. Elle pourrait toutefois être pluralisée : monnaies locales, monnaies complémentaires, monnaies sociales. Le crédit deviendrait un bien public, orienté vers des projets d’intérêt collectif (financement des coopératives, transition écologique, etc.). La création monétaire pourrait aussi être démocratisée, spécifiquement via des banques publiques ou mutualistes.

Sources :

1. Oxfam International, Billionaire wealth surges by $2 trillion in 2024, three times faster than the year before, while the number of people living in poverty has barely changed since 1990, 20 janvier 2025,
https://www.oxfam.org/en/press-releases/billionaire-wealth-surges-2-trillion-2024-three-times-faster-year-while-number?utm_source=chatgpt.com

2. Fondation pour le logement, L’état du mal-logement en France 2023,
https://www.fondationpourlelogement.fr/sites/default/files/2023-01/REML2023_CAHIER4_Les%20chiffresdumallogement.pdf

2. Nicolas Coulombel et Fabien Leurent, Les ménages arbitrent-ils entre coût du logement et coût du transport : une réponse dans le cas francilien,
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/1377892/ECO457D.pdf 

3. Insee, 1.6 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024, Évolution du niveau de vie et des inégalités depuis 1975
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/7941381/RPM2024-F6.pdf 

4. Agence nouvelle des solidarités actives, Alim’Activ : agir contre la précarité alimentaire,
https://www.solidarites-actives.com/fr/nos-actualites/publication/alimactiv-agir-contre-la-precarite-alimentaire

5. Cité de l’agriculture, Expérimentation : la Caisse Alimentaire Commune de Montpellier, 17 décembre 2024,
https://www.cite-agri.fr/experimentation-la-caisse-alimentaire-commune-de-montpellier/

L’économie sociale coopérative

Les enjeux sociaux et écologiques de notre siècle ne peuvent être simplement affrontés par la simple redistribution des richesses. La démocratisation de l’économie et la lutte contre les bouleversements écologiques nécessitent non seulement de repenser notre rapport au travail et à la production, mais aussi et surtout de changer en profondeur notre système économique. Le capitalisme ne peut en aucun cas proposer un avenir heureux et émancipateur. Une économie post-croissante et post-capitaliste appelle une évolution fondamentale de l’organisation du travail et de la production.

Repenser la relation au travail et à la production

La transmutation de l’économie vers le post-capitalisme et la post-croissance implique nécessairement un changement de vision. Le travail n’a plus vocation à accumuler de la richesse, mais plutôt à répondre à nos besoins individuels et/ou collectifs.

L’économie sociale coopérative est ici une infrastructure idéale : elle fonctionne sans finalité de croissance, favorise la démocratie économique, et se prête à la relocalisation des activités. Elle s’inscrit dans le cadre plus large de l’économie sociale et solidaire (ESS), qui représente déjà 10% du PIB français. 

Démocratiser le travail, c’est émanciper la société.

La démocratie ne peut être parfaite dans une société capitaliste. Notre économie est dirigée par une poignée d’individus, suffisamment puissants et influents pour forcer la main aux décideur·euse·s politiques. Dans une société démocratique, la possibilité des capitalistes, c’est-à-dire des propriétaires de l’outil de production, à influer sur la politique économique par le chantage au licenciement de masse ou à la pénurie, n’est pas acceptable.La transformation écologique et sociale de la société ne peut pas advenir sans un dynamisme nouveau, lequel, conformément à nos valeurs, ne peut être impulsé que par l’avènement d’une véritable culture démocratique de la production.

Il est donc essentiel de repenser le rapport à l’outil de production : seule la socialisation des moyens de production, autrement dit la propriété collective de ceux-ci, peut permettre une réelle prise de décision démocratique des conditions de travail. Il s’agit de faire du modèle de la coopérative le modèle dominant. Celles-ci appartiennent à leurs membres (travailleur·se·s, consommateur·rice·s, producteur·rice·s, etc.) et se gouvernent sur le principe d’“une personne = une voix”, indépendamment du capital détenu. Loin de la tradition capitaliste de vente de la force de travail, ici, les moyens de productions appartiennent au collectif et sont gérés démocratiquement par les travailleur·se·s. 

Cette intelligence collective accroît le sentiment de responsabilité et d’appartenance. Le travail retrouve un sens : la production n’est plus destinée à générer du profit pour l’actionnaire, mais à répondre aux objectifs et besoins démocratiquement définis. Cette intelligence collective, et surtout cette socialisation du risque, stimulent la créativité et la prise de risque qui mènent à l’innovation : d’une part, l’investissement est financé par la collectivité, d’autre part, l’abolition de la propriété intellectuelle industrielle incite au travail collectif. Cela assure donc également que les innovations ne vont pas à l’encontre des objectifs sociaux et écologiques de la communauté. Enfin, celles et ceux qui innovent disposent d’un matelas de sécurité en cas d’échec : le revenu universel.

Au-delà d’être démocratique, une économie post-capitaliste se doit d’être émancipatrice. La travailleuse ou le travailleur doit être libre de choisir son métier. L’abolition de la division hiérarchique du travail implique que chaque travailleur·euse est impliqué dans les processus de gestion et est donc formé à une plus grande variété de tâches. Les mobilités professionnelles sont donc favorisées par l’organisation du travail, mais doivent aussi être ouvertes à tous·tes. Cela passe en particulier par le développement du service public de la formation professionnelle.

Par ailleurs, l’être humain est un être social, iel a besoin de se sentir utile. Le sentiment d’impuissance face aux évolutions économiques pilotées par quelques-un·e·s est un moteur important de l’abstention électorale et du vote pour l’extrême-droite. Lier la notion de participation démocratique au travail, c’est aussi initier une pratique quotidienne, aux impacts directs, visibles, qui ira rapidement au-delà de la sphère professionnelle.

Libérer du travail et libérer le travail 

Au-delà de cette sécurité pour faire face aux aléas sociétaux et garantir un strict minimum, la société doit aussi permettre l’émancipation des individus. Cela doit passer par une refonte profonde de notre conception du travail, du temps libre et des libertés individuelles. La démarchandisation des activités humaines est essentielle pour libérer la vie humaine sans qu’elle soit contrainte par des impératifs productifs et des recherches de profits privés, inégaux et contre-productifs. Pour cela, on peut commencer par amoindrir le travail marchand, non seulement pour permettre de libérer du travail, mais aussi pour pouvoir libérer le travail. Réduire le travail marchand c’est laisser du temps pour d’autres activités, plus ou moins productives. Il s’agit là de valoriser l’engagement associatif, l’engagement dans la vie démocratique, le choix de prendre soin de ses proches, ou juste d’avoir le droit de ne rien faire, de se reposer ou de mener des projets personnels. Personne n’a à être livré à la rue ou à la faim pour quelque raison que ce soit.

Cela permet par exemple à des parents de pouvoir s’occuper de leurs enfants, sans avoir besoin de babysitters parce qu’iels ont trop de boulot ; ou encore d’avoir le temps de cuisiner, et ainsi de manger plus sainement et avec moins d’emballage. Le travail retrouve du sens en se réinscrivant pleinement dans la vie de l’individu. La semaine de 4 jours et 28 heures permettrait ainsi de moins produire et de mieux consommer : une logique post-croissante essentielle. De plus, toutes les activités liées à l’emploi comme les déplacements domicile-travail ou la consommation d’énergie sur le lieu de travail sont des coûts écologiques et financiers évités. Une réduction de 10 % du temps de travail pourrait ainsi entraîner une baisse de 4,2 % des émissions de CO₂ (6). 

Cela laisse aussi la place à des activités lucratives qui ont de nombreuses vertues. On peut en effet considérer que les loisirs sont productifs dans la mesure où ils participent au bien-être du ou de la travailleur·se et donc à son efficacité. De même que dormir ou manger sont des sources de plaisirs tout autant indispensables à la production ; que se cultiver permet d’acquérir des connaissances souvent utiles ; et que participer à la vie politique est amplement nécessaire. Dans une perspective post-croissante, le productivisme est à la fois repensé sous d’autres prismes tout en étant aboli. Le plaisir -au-delà du temps libre- doit ainsi être repolitisé, autant parce qu’il est nécessaire que parce qu’il ne l’est pas. 

C’est par exemple ce qu’a entrepris Sandrine Rousseau qui met en avant l’idée d’un droit à la paresse. Ce concept provenant de Paul Lafargue consiste à dénoncer le culte du travail, alors que certain·e·s politiques veulent “rétablir la valeur travail” à l’instar de Laurent Wauquiez. Pourtant, on devrait se réjouir collectivement d’avoir moins besoin de travailler et organiser le partage du travail sans devoir dépendre de quelques actionnaires. Pour Lafargue, ce sont donc « les prêtres, les économistes, les moralistes » qui sont à l’origine de cet amour absurde et faussé pour le labeur, alors que les sociétés primitives y échappent. Le travail ne doit donc pas être l’alpha et l’omega de notre existence, “réussir dans sa vie” doit prendre une autre dimension et la paresse doit être permise à tous·tes.

Sources : 

Jonas Nässén & Jörgen Larsson, Would shorter work time reduce greenhouse gas emissions? An analysis of time use and consumption in Swedish households, 2015,
https://www.researchgate.net/publication/260345720_Would_shorter_work_time_reduce_greenhouse_gas_emissions_An_analysis_of_time_use_and_consumption_in_Swedish_households

DISPOSITIF

Les Jeunes Écologistes : 

  • Reconnaissent la capacité des animaux à ressentir les émotions, telles que la peur et la douleur
  • Considèrent les pratiques suivantes comme relevant de la maltraitance animale : surpêche, surchasse, braconnage, utilisation d’animaux dans les cirques, élevage intensif, fermes à sang,  élevage d’animaux domestiques à des fins lucratives, zoos (hors parcs animaliers de protection d’espèces en voie de disparition, et sans visées de les réintroduire dans la nature et à des fins de loisir), attractions touristiques utilisant des animaux, taxidermie, tests de produits sur les animaux, animaux transportés dans de mauvaises conditions, animaux battus, produits contenant de la fourrure et du cuir animal, abandon d’animaux
  • Considèrent les pratiques suivantes comme relevant de l’exploitation animale: utilisation d’animaux dans les cirques, élevage intensif, fermes à sang, attractions touristiques utilisant des animaux, zoos (hors parcs animaliers de protection d’espèces en voie de disparition et sans visées de les réintroduire dans la nature et à des fins de loisir), tests de produits sur les animaux, produits contenant de la fourrure et du cuir animal
  • Appellent à ne pas soutenir les pratiques précédemment citées dans lesdits dispositifs
  • Appellent à une prise en considération plus rapide et importante des signalements d’abandon d’animaux et de maltraitance animale, dans les foyers comme dans les entreprises (abattoirs, fermes…)
  • Revendiquent le droit à vivre décemment pour les animaux, à disposer d’une nourriture et de conditions de vie saines
  • Reconnaissent le devoir de fournir pour les refuges tels que la SPA l’aide financière et matérielle nécessaire à des conditions de recueil digne pour les animaux
  • Appellent à plus de transparence dans la composition des produits de consommation
  • Appellent à la mise en place d’un système permettant aux consommateur·ices d’évaluer la souffrance animale dans les produits de consommation
  • Appellent à une mise à disposition d’une option vegan et de qualité dans tous les restaurants et dans toutes les cantines scolaires
  • S’engagent à proposer une option vegan lors des événements organisés par les Jeunes Écologistes