Les discours conservateurs se multiplient en France et en Europe et l’égalité des genres n’est toujours pas atteinte, voire recule dans certains domaines. Il nous semble donc important de réaffirmer un principe essentiel pour la société que nous voulons : l’égalité entre toutes et tous, quels que soient le genre et l’orientation sexuelle. Les crispations grandissent en France, exacerbées par le mouvement réactionnaire »La Manif pour Tous », autour de toutes les avancées en matière d’égalité des sexes contre les recherches scientifiques et les enseignements touchant au genre et à l’égalité femmes/hommes. Les manipulations se multiplient et rien n’arrête leur bêtise réactionnaire pour tenter d’imposer leur vision étriquée du monde, à l’opposé des idéaux républicains de laïcité et de liberté d’opinion et de choix de son mode de vie : invention de toutes pièces d’une »théorie du genre », mensonges éhontés sur la nature de l’éducation sexuelle à l’école, propos haineux envers les homosexuels, menaces et pressions en tout genre.
Ces discours idéologiques et conservateurs sont non seulement des contre-vérités, mais ils empêchent de fournir une éducation pragmatique, éloignée de tout tabou confessionnel, nécessaire à la fois pour la santé publique et pour la santé psychologique et émotionnelle des jeunes. Aujourd’hui, la situation est grave : en France, plus de 10 000 viols sont déclarés chaque année, soit plus d’un viol par heure. Les agressions sur des personnes homosexuelles ou transgenres sont monnaie courante et on estime qu’un-e jeune homosexuel-le sur quatre a déjà fait une tentative de suicide.

La droite réactionnaire et les fondamentalismes religieux veulent nous faire croire qu’il est dangereux d’informer les jeunes sur la sexualité et le genre, que les maintenir dans l’ignorance est la bonne solution pour ne pas les »pervertir » et les maintenir dans une norme préétablie présentée comme une morale universelle et naturelle ( »un papa une maman »). Mais l’expérience montre au contraire que c’est l’ignorance qui crée le danger : l’ignorance de ce qu’est le consentement fabrique les violeurs, l’ignorance des protections sexuelles propage les maladies, l’ignorance de l’autre crée l’intolérance. Ces forces réactionnaires cherchent à imposer leur grille de lecture à l’ensemble de la société, allant jusqu’à vouloir supprimer le terme »genre » de tous les programmes scolaires, alors qu’il s’agit d’un terme scientifique utile, ou jusqu’à réclamer la censure de certains livres. Or la littérature de jeunesse doit rester extérieure à toute considération politique. Elle existe pour faire rêver, progresser et émanciper la jeunesse !

Face à ces discours, le gouvernement de François Hollande a reculé pour ne pas fâcher, évitant systématiquement le thème du genre, supprimant de fait la loi sur la famille et la possibilité pour les couples homosexuels d’avoir recours à la procréation médicalement assistée, ignorant les conclusions du rapport rendu sur le sujet. Ces questions sociétales sont considérées comme secondaires par le gouvernement, alors qu’elles influent sur la santé physique et émotionnelle des personnes concernées et sont donc de première importance.

Pour cela l’éducation sexuelle et sensuelle est essentielle

La sexualité humaine fait parti du cycle de la vie. Nous naissons, nous grandissons, nous aimons, nous nous reproduisons (parfois) et nous mourons. Aujourd’hui, il est indispensable de développer une éducation sexuelle et sensuelle sans tabou à destination de jeunes surexposés à une hypersexualisation de la société. On peut citer l’exemple de la publicité et de certains contenus internet très facilement accessibles. Cette hypersexualisation va de pair avec des représentations stéréotypées des corps et des relations sexuelles, qui ne correspondent pas du tout à la réalité des relations dans leur diversité. A titre d’exemple, dans la plupart des films pornographiques hétérosexuels, la femme est passive et représentée comme toujours disponible tandis que l’homme est actif, dominant et toujours performant. De telles représentations peuvent susciter des complexes et des idées erronées sur la sexualité. Pour autant, en supprimer totalement l’accès aux plus jeunes semble difficile à l’heure où les médias numériques évoluent rapidement et ne cessent de se développer.

Il est donc plus que jamais nécessaire de donner aux enfants à tous les âges les informations nécessaires pour avoir leur propre regard critique sur la sexualité, pour se distancier des visions idéalisées ou partielles, des canons de beauté et autres critères de performance. L’éducation sexuelle ne doit pas être uniquement basée sur la prévention des risques (infections sexuellement transmissibles, grossesses non-désirées…), mais aussi parler d’envie, d’amour, de sentiments, et en règle générale du rapport à l’autre, sur lequel les jeunes ont beaucoup d’interrogations. Une attention particulière doit être accordée à la question du plaisir, de consentement (explicite et non implicite), et du respect de l’autre, non seulement pour permettre un développement personnel harmonieux mais aussi pour sensibiliser les jeunes à la question du viol : dans une société où on enseigne trop souvent aux filles ce qu’elles devraient faire afin de ne pas être violées, il faut également enseigner aux garçons à ne pas devenir des violeurs.
L’éducation sexuelle ne doit pas être culpabilisante ou moralisatrice, mais au contraire donner une vision positive de la sexualité et de la sensualité, tout en favorisant la liberté de parole. Dans ce sens, c’est bien l’école qui est le lieu privilégié pour aborder l’éducation sexuelle. Si les parents jouent un rôle important dans l’éducation de leurs enfants, le cadre familial n’est pas toujours le lieu idéal pour aborder la sexualité, parce qu’il s’agit d’un sujet intime, parce qu’on ne souhaite pas partager certaines choses avec ses parents ou ses enfants, ou parce que les pressions ou croyances familiales n’incitent pas à la liberté de parole. Or l’éducation sexuelle et sensuelle a justement pour but d’émanciper l’enfant, de lui offrir la possibilité d’exercer son libre arbitre et de se réaliser.

Cependant, les parents ne doivent pas être exclus de cet aspect de l’éducation. Ils doivent être informés sur le contenu de l’éducation sexuelle et sensuelle au même titre qu’ils le seraient pour n’importe quel autre cours, sur les personnes extérieures intervenant dans l’établissement (associations, médecins…) et sur la visée de ces interventions. Dans l’idéal, la possibilité devrait être donnée aux parents de rencontrer les intervenants et de dialoguer avec eux, afin de dissiper les inquiétudes et de les inclure dans l’éducation de leurs enfants. Toutefois, l’éducation sexuelle et sensuelle doit faire partie des programmes au même titre que d’autres cours : elle ne peut en aucun cas être considérée comme optionnelle, quel que soit le motif.

De ce fait, la vision défendue par les Jeunes Ecologistes est la suivante :

L’éducation sexuelle et sensuelle doit se faire tout au long du parcours scolaire, de manière progressive selon les niveaux avec un suivi régulier (par exemple, que la même personne soit chargée de l’éducation sexuelle et sensuelle pendant tout un cycle). Celle-ci ne doit pas concerner que les élèves, mais des formations sur la sexualité, les questions de genre et la prise en compte des inégalités doivent être dispensées à tous les intervenants de l’Éducation Nationale (professeurs, personnels administratifs et de santé) et plus largement à tous les fonctionnaires.

Notre vision se veut globale : c’est la rencontre entre la sexualité, le plaisir et les rapports humains. Nous ne parlerons pas que des risques ou des viols, même si ces questions doivent être abordées, mais aussi de chaleur humaine, d’amitié et de la richesse que peut apporter une relation amoureuse. Que le consentement éclairé d’une personne vaut beaucoup plus qu’un “oui” du bout des lèvres ou qu’un silence. Nous n’obligerons personne, mais nous n’interdirons rien qui ne sorte de la loi. La plus grande force de cette éducation sera le questionnement que nous apporterons aux jeunes. A eux de s’emparer de ces informations pour faire ce qu’ils veulent et surtout pour qu’ils prennent du recul par rapport aux injonctions de la société. Nous ne serons pas dans les jugements moraux. Pas de »la masturbation tout le temps » ou »la pornographie au diable », le but est d’éduquer des citoyens capables de prendre en charge leur sexualité sans les tabous des siècles passés.

Ces moments seront dispensés par des professionnels formés au dialogue avant tout et permettront à tous de discuter dans des ambiances mixtes et non-mixtes, toujours en relation avec leur âge.

En dehors de ces moments, les professionnels doivent être rapidement contactables si un élève en émet le besoin (sous la forme de permanences dans l’établissement par exemple) . Ainsi, les élèves pourront leur parler en priver, pour s’informer ou se confier.

Déclinaison de nos propositions pour une éducation sans tabou

Maternelle :
– Éducation des professeurs des écoles à la prise en compte des clichés sur le genre
– Mise en place d’une liste de livres genre-neutre, c’est à dire combattant les clichés sexistes (mère qui travaille, père s’occupant des enfants), et de livres traitant des familles atypiques (2 mamans, 2 papas, 2 papas et une maman, etc …)
– Encourager les enfants à faire toutes les activités proposées quel que soit leur genre (les poupées pour les garçons, les voitures ou des activités extérieurs pour les filles), à faire des activités ensemble et à essayer des scénarios non-genrés dans leurs jeux (2 mamans, 2 papas, etc…)
– Éducation au corps humain et à la sexualité en fin de maternelle (explication selon les questions sur la reproduction, et la masturbation) avec les règles qui s’y appliquent (pas de masturbation en public par exemple)
– Prévention sur la pédophilie (aucune personne n’a le droit de faire un geste déplacé vis-à-vis d’une autre personne, le corps de l’enfant lui appartient)

Primaire :
– Début de l’Éducation sexuelle : prévention contre les pédophiles, informations plus précises sur la reproduction et les organes sexuels, premières indications sur la contraception et les protections contre les maladies sexuellement transmissible (en fin de primaire)
– Prise en compte des différences (racisme, multiculturalisme, sexualités ou différences de genre avec notamment l’homosexualité et les transgenres)
– Prise en compte des clichés sexistes lors de discussions avec les écoliers (égalité de temps de parole)

Collège et lycée :
– Éducation sexuelle et sensuelle : information sur les méthodes contraceptives traditionnelles et alternatives, informations sur les organes du plaisir avec images à l’appui (permettre aux jeunes de se comprendre qu’il n’y a pas de normes pour le corps humain), informations et supports abordant la diversité des pratiques sexuelles, sensibilisation à la sensualité
– Distribution de contraceptif et de protections contre les MST gratuitement
– Atelier sur la citoyenneté et sur l’acceptation de l’autre qu’importe son orientation sexuelle, sa confession, son genre ou sa couleur de peau
– Création d’un poste référent sur le genre et la violence par établissement scolaire pour aider les jeunes en ressentant le besoin (peut être occupé par un-e assistant-e sociale ou l’infirmier-ère)
– Mise en place d’une orientation non genrée, en sensibilisant le personnel en charge de l’orientation, pour permettre à tous de pouvoir viser n’importe quelle carrière qu’importe son genre

– Réflexion sur le plaisir, les différentes sexualités et les relations amoureuses.

Études supérieures :
– Poursuite des cours avec l’optique des inégalités dans le monde du travail ou du secondaire et les moyens pour y remédier
– Interdire dans les établissements d’enseignement supérieur (publics et privés) des interventions haineuses et diffamatoires de type “observatoire de la théorie des genres”
– Distribution de contraceptif et de protections contre les IST gratuitement

Documentation :
Différences de salaire
Stéréotypes
Inégalités
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