EXPOSÉ DES MOTIFS
La définition du mot “Métropole” dans les dictionnaires les plus connus est très claire. Nous avons pris pour exemple le Larousse et le Robert qui partagent la même définition au mot près : « État considéré par rapport à ses colonies, à ses territoires extérieurs ».
Le mardi 23 mai 2023, dans le cadre du projet de loi porté par le gouvernement sur la programmation militaire, un amendement a été déposé par le député guadeloupéen LIOT, Olivier SERVA pour remplacer le terme « Métropole » par « Hexagone » qui a été voté à l’unanimité.
Ce n’est pas la première fois que ce genre d’amendement a lieu, en avril 2021 lors de la loi sur le Climat, un amendement similaire a été déposé mais rejeté à 1 voix près. En mai 2021 une proposition de loi a été présentée pour que le mot « Métropole » soit remplacé par l’expression « France Hexagonale » dans la Constitution.
Le groupe LIOT a également proposé de remplacer la dénomination « Outre-Mer » par « France Océan » ou « France Archipel ». Cependant nous souhaitons aller plus loin dans l’évolution de ce concept de perception de ces territoires encore appelés « Outre-mer » et vu de l’Hexagone quasi-exclusivement comme des atouts pour la France Hexagonale, sans pour autant que soient pris en compte les intérêts de ces territoires à l’instar des essais nucléaires en Polynésie française, et de la dérogation d’usage de la chlordécone dans la production bananière en Guadeloupe et en Martinique ou encore du BUMIDOM.
Le terme d’« Outre-mer » apparaît au lendemain de la Seconde Guerre mondiale suite à une crise de l’impérialisme international. Les mouvements anti-colonisation prennent de l’ampleur dès la fin des années 1940 puis tout au long des décennies 1950 et 1960. Le gouvernement français opère donc un changement de paradigme dans son rapport à ses colonies. La volonté de “développer” ces territoires apparaît alors explicitement. Il nous faut rappeler à ce sujet que ce processus s’inscrivait dans une vision impérialiste, les politiques développementalistes étant pensées par et pour le gouvernement métropolitain au détriment des territoires et peuples locaux. De plus, ces politiques s’ancrent dans une vision unique du concept de développement qui bien souvent est ou peut être contraire aux cultures et aspirations des peuples concernés.
La création du terme d’ « Outre-mer » même se fait dans une volonté d’édulcorer l’impérialisme français, pourtant toujours bien présent dans toute sa violence.
L’évolution conceptuelle appelle donc tant au changement de considération de ces territoires que de leur appellation, afin de rompre avec cette vision colonialiste d’enrichissement de, par et pour la « Métropole » au détriment desdits territoires ainsi que de leur développement.
L’évolution conceptuelle que nous proposons se veut être comme une reconnaissance de la diversité culturelle et géographique de chacun de ces territoires de France jusqu’alors dit d’Outre-mer répartis dans tous les océans et bien ancrés dans leur espace régional.
Cette évolution conceptuelle appelle à penser le territoire de, par et pour lui-même, pour ses intérêts et ceux de sa population.
Aujourd’hui après l’Appel de Basse-Terre, celui de Fort-De-France et les statuts particuliers dont jouissent certains territoires tels que la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie tout en restant français ; l’appellation « Outre-mer » qui tend à montrer comme uniformes et soumis ces territoires est désuète. Ce concept de France d’outre la mer doit être changé afin de refléter la réalité culturelle, sociale et politique de ces territoires.
Il est important de noter que le terme « Métropole » n’est plus employé dans les journaux télévisés dans nos territoires insulaires. Les seules occasions où il est prononcé est par des Français.e.s d’Hexagone ou pour mettre en avant des situations problématiques résultant de décisions prises dans la capitale, à Paris (Élysée, Assemblée Nationale, Sénat).
La dénomination proposée est celle de « France Transocéanique » car ce terme reflète beaucoup plus les réalités et correspond mieux aux attentes et à la réalité des territoires.
En effet, le terme France Transocéanique reflète d’autant plus la réalité et les aspirations de ces territoires qui, tout en étant l’émanation de la France à travers les océans, sont également des territoires qui se veulent existants par et pour eux même dans leur espace régional.
Le concept d’ « Outre-Mer », en plus d’uniformiser une diversité de territoires, comprend le développement de ces territoires de, par et pour la Métropole. Ce changement d’appellation illustrant l’évolution d’une perception des territoires est donc primordial pour l’avenir de ces territoires.
Annexes
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/amendements/0911/AN/1514
DISPOSITIF
Les Jeunes Écologistes sont connu·e·s pour être les pionnier·ère·s en termes d’engagement vers une évolution plus inclusive des mots. De nombreux combats soutenus tous les jours par les militant.e.s écologistes résonnent dans la société et ont permis d’avancer sur de nombreux sujets.
Avec cette motion, les Jeunes Écologistes s’engagent à bannir les dénominations de « France Métropolitaine » ou « Métropole » au profit de la « France Hexagonale » ou « Hexagone » de tous leurs textes et prises de parole.
Par la promotion de la dénomination de la « France Transocéanique » à la place de l’expression « Outre-Mer », les Jeunes Écologistes réaffirment leur positionnement de vouloir intégrer de manière plus égalitaire les territoires français les plus éloignés, et de soutenir le mouvement régionaliste de ces territoires qui souhaitent une meilleure reconnaissance de leurs pouvoirs locaux aux côtés de l’État français.
De manière plus générale, cette motion engage également les Jeunes écologistes à un travail de sémantique décoloniale structurée par une prise de conscience de la connotation des mots qualifiant les territoires français.
Enfin, nous reconnaissons l’aspect insuffisant de cette modification de langage si elle ne s’accompagne pas d’une profonde redéfinition des liens entre la France Hexagonale et les territoires transocéaniques. Nous appelons donc de tous nos vœux à un respect des mouvements autonomistes ou indépendantistes, à la reconnaissance de l’histoire coloniale et impérialiste ainsi que des résidus contemporains de cette histoire et enfin à une égalité de traitement entre les peuples transocéaniques et ceux de l’Hexagone.
Il est important pour les Jeunes Écologistes de prendre conscience de la connotation des mots qualifiant les territoires français afin de questionner et finalement rejeter les dénominations à lourde sémantique coloniale.