Motion thématique adoptée par le Parlement des Jeunes Écologistes le 25 janvier 2026

Exposé des motifs

La démocratie telle que conçue actuellement par les institutions ne permet pas d’intégrer suffisamment les citoyen’nes, les réalités perçues localement et les aspirations de nos associations pour mener à bien leur fonction. Ce système démocratique à bout souffle rend difficile l’exercice de la démocratie pour faire avancer le pays. Il génère la méfiance sur le terrain vis-à-vis de la politique par beaucoup d’acteurices (associations, syndicats, collectivités, citoyen’nes), favorisant le dégoût récupéré par l’extrême-droite.

I. Développer la démocratie directe

Les Gilets Jaunes, qui ont constitué l’un des mouvements sociaux les plus importants en France depuis mai 68, ont montré cette aspiration à la démocratie directe, en revendiquant notamment le RIC et la révocabilité des mandats. La satisfaire, c’est considérer que les personnes concernées par les politiques austéritaires, racistes, climaticides, sexistes, etc. sont au moins aussi légitimes à faire politique que les technocrates libéraux dont on nous dit qu’ils sont essentiels à la stabilité du pays.

C’est pourquoi, il apparait nécessaire, de franchir un nouveau cap démocratique en instaurant le Référendum d’Initiative Citoyenne, qui permettrait à chaque citoyen de faire une proposition législative. Cette dernière serait soumise au vote par référendum si elle atteint un certain seuil d’électeurs.  

Le RIC permettra au citoyen’nes d’interpeller directement l’État et les pouvoirs publics sur une thématique, un sujet, une proposition concrète. Elle s’accompagne nécessairement d’outils qui favoriseraient cette démocratie directe : formation claire, accessible à tous’tes, compatible avec l’exercice d’une activité professionnelle et d’une vie personnelle. L’auto-formation devra être un levier utilisé afin d’éviter que seuls les expert’es proposent des sujets susceptibles d’être soumis au référendum, reprenant notamment le principe de l’éducation populaire.

Nous souhaitons également ouvrir à toutes les échelles la possibilité de référendum révocatoire, qui permettrait, en fixant des conditions simples (telles que le fait qu’un tiers du mandat soit passé, ou un seuil de 5% du corps électoral pour le déclencher), d’organiser un référendum sur l’éventuelle destitution d’un’e élu’e. Cette mesure est déjà en place dans plusieurs cantons de Suisse. La révocabilité des mandats devra permettre de rendre la démocratie plus vivante avec le contrôle de l’exercice des représentant’es élu’es, afin que ces dernier’es soient dans l’obligation de rendre compte de leur action. On peut raisonnablement penser que leur programme énoncé lors de l’élection aura alors plus d’impact. 

Mais au-delà de ces fonctions particulières, le réferendum tel qu’il existe déjà est un outil démocratique fort qu’il nous faut exploiter. Amélioré par des dispositifs comme le vote électronique, la participation à la vie politique peut être élargie et rendue accessible à la population. Si l’ensemble des citoyen’nes ne peuvent pas examiner et voter toutes les lois déposées, le réferendum reste un excellent moyen de faire décider le peuple d’un sujet, et le vote électronique de généraliser cette pratique. Le réferendum ne doit donc plus se contenter d’être un dispositif exceptionnel réservé au président et utilisé à de rares occasions, mais doit au contraire permettre de multiplier les participations citoyennes. Mais pour qu’il soit réellement utilisé à la hauteur de son potentiel, cet outil précieux ne peut pas être réservé au Président, mais doit pouvoir être proposé par le Parlement à l’echelle nationale, le conseil municipal concernant les réferendums locaux, ou d’initiative citoyenne.

II. Démocratie sociale, participative et ouverte

Pourtant, le Conseil économique, social et environnemental existe justement pour représenter le plus grand nombre. Ce dernier permet actuellement de représenter les représentant’es des salarié’es en proportion du résultat des élections professionnelles, des représentant’es des entreprises, des représentant’es du monde associatif et défendant la cohésion sociale et territoriale et enfin des représentant’es de la protection de la nature et de l’environnement. Malheureusement, le CESE, n’a qu’un pouvoir de recommandation et de conseil vis à vis des pouvoirs publics, et bien souvent leur voix est alors oubliée. En parallèle à cela, les citoyen’nes se sentent souvent méprisé’es par les décisions prises, de façon non collective, sur des sujets pourtant majeurs et ne disposent pas d’un pouvoir de proposition concrète sur un certain nombre de sujets importants.

Nous sommes également convaincu’es que la société civile doit jouer un rôle en permettant aux associations dans le domaine ou elle exerce d’être plus libre et qu’elle puise avoir un pouvoir d’adresse directe. Cette adresse serait fait au CESE qui gagnerait en pouvoir comme chambre parlementaire et qui devra voir son nombre d’élu’es augmenter pour en assurer sa représentativité. 

Toute ces mutations doivent donc permettre de créer une véritable 6ème république démocratiquement émancipatrice, qui incluerait le droit de vote dès 16 ans dans un premier temps et même à terme dès le plus jeune âge (en lien avec la motion Enfantisme et droits des enfants : en finir avec la domination adulte, du 1er juin 2025). 

III. Pour une démocratie locale radicale et autogestionnaire

Un fonctionnement radicalement démocratique, qui place les élu’es au service des populations et non l’inverse, est la voie que nous devons emprunter pour répondre à la crise de la représentation et la défiance notamment de la jeunesse envers les partis politiques. 

Nous proposons de nous inspirer dans nos exigences démocratiques des zapatistes. Pour les zapatistes, il n’est plus question de conquérir l’Etat, d’abandonner son pouvoir politique à une avant-garde spécialisée, chargée d’impulser par en haut le progrès social. Au contraire, les zapatistes s’organisent par la base, par communes autogérées ici et maintenant. Il ne s’agit pas pour les élu’es de gouverner selon leur propre chef au nom d’un intérêt commun supposé, mais de les soumettre en continu les au commandement populaire.  La prise de décision est alors une affaire collective, discutée par des assemblées directement concernées. La politique se déspécialise, et les représentant’es ne sont plus administrateurices professionnel·les des affaires communes. La frontière entre représentant’es et représenté’es s’efface. La représentation politique est pensée comme une charge, un service rendu à la communauté ne donnant lieu à aucune rémunération ni aucun avantage matériel.

Notre filiation idéologique a des solutions singulières à apporter face aux ravages capitalistes qui charrient fascismes et désastres environnementaux. Partout les écologistes, lorsqu’iels choisissent d’être conséquent’es, donnent leur chance à la quotidienneté, à la force que constitue l’autogestion, le refus de servir tout à la fois le marché et les structures de surplomb. Inspirons-nous des insurrections par le bas.

Défendons l’échelle de la commune, parce que c’est à cette échelle que se font jour et essaiment les affronts au capital, les solidarités pratiques, les assemblées qui permettent de nous figurer la force de l’action collective. C’est ce que nous montre l’espoir suscité par la candidature et l’élection de Zohran Mamdani à New York, porté par un large mouvement radical ouvrier, travailleur, associatif et citoyen.

Si nous, Jeunes Écologistes avons su revendiquer l’élection de personnes représentatives des groupes marginalisés, nous devons aller plus loin pour ne pas dissocier la base militante de ses mandataires. Dans les eaux troubles où s’enlisent les appareils de parti gardons en tête l’espoir suscité par ces insurrections éparses, considérons que c’est en radicalisant nos exigences démocratiques que nous contrerons le péril brun. 

Dispositif :

Les Jeunes Écologistes :

  1. Affirment la nécessité de radicaliser nos exigences démocratiques pour ramener la politique au plus près de toustes, rendre l’espoir, et lutter contre le dégoût de la politique.
  2. Appuient les propositions pour une démocratie plus directe à toutes les échelles. En particulier, nous sommes en faveur du référendum d’initiative citoyenne (RIC), du référendum révocatoire, et du référendum par voie électronique.
  3. Souhaitent une meilleure place de la société civile, au niveau national, en particulier par le renforcement des moyens et du pouvoir du CESE.
  4. Soutiennent le droit de vote dès 16 ans, et le développement du pouvoir démocratique dès le plus jeune âge.
  5. Affirment le niveau local comme niveau où la démocratie peut transformer le quotidien, par la démocratie institutionnelle, mais également par les initiatives d’autogestion. À ce niveau, nous proposons de donner de plus en plus de pouvoir à des assemblées, des personnes directement concernées.
  6. Sont en faveur d’un nouveau rapport des élu’es à leur mandat. La base militante ne doit pas se dissocier des mandataires, et en ce sens, nous devons non seulement défendre l’éligibilité des groupes marginalisés, mais également limiter la rémunération et les avantages matériels des élu’es, le mandat devant être perçu comme un service rendu à la communauté.