En 2022, dans son rapport annuel sur la situation mondiale, l’ONUSIDA considère que « la riposte mondiale face au sida est menacée » face au phénomène d’éclipse qu’a été le Covid-19, mais également face aux crises économiques et humanitaires1. Les résultats sont déjà visibles : le programme des Nations-Unies annonce qu’entre 2020 et 2021, la plus faible baisse du nombre de nouvelles.eaux contaminé.e.s depuis 2016 a été enregistrée, alors que ces chiffres sont influencés par la baisse du nombre de dépistages depuis 2019. Pourtant, toujours selon l’ONUSIDA, l’éradication du VIH/Sida est possible : c’est un choix politique et les évolutions récentes sont en décalage avec l’objectif d’y mettre fin à l’horizon 2030.

Les raisons qui peuvent expliquer cette situation sont de l’ordre du manque de financements, remis en cause par les crises économiques, ainsi que des barrières importantes dans l’accès au système médical (discriminations, privatisation de la santé, migrations forcées…).

Éradiquer le VIH/Sida ne peut se faire sans prendre en compte les minorités marginalisées et opprimées. Cela passe par la mise en place d’une diplomatie qui promeut et défend les droits des minorités ethniques intérieures aux États, mais également de respect des droits des minorités de genre et des personnes LGBTQIA+ – donc leur dépénalisation et dépsychiatrisation. 

En outre, les accords commerciaux limitant l’accès aux médicaments génériques dans de nombreux pays doivent être dénoncés, dans une dynamique de promotion de droit universel à la santé.

La place des fonds privés par l’intermédiaire des fondations philanthropiques doit être remise en question notamment en raison de son influence croissante dans la gouvernance mondiale des plans de lutte contre le VIH/Sida. De ce fait, on observe un « double processus de privatisation de la gouvernance mondiale et de publicisation des entreprises privées »2 créant des conflits d’intérêts économiques et des questions de légitimité. Ces partenariats publics-privés reflètent une vision néolibérale de la santé où, en poursuivant ses intérêts privés, une entreprise sert par la même l’intérêt commun. Cette vision est contraire à nos valeurs, nous devons la combattre au profit des institutions internationales, légitimées et financées par la communauté internationale, et d’autres mesures comme la taxation des plus riches et des superprofits.

Si cette émergence de la philanthropie privée par l’intermédiaire des fondations dans la gouvernance de la santé mondiale a été possible, c’est parce qu’elle a accompagné des politiques néolibérales de privatisation de la santé publique, source d’inégalités croissantes dans l’accès aux soins au sein des États et à l’échelle mondiale. Par exemple, malgré les environ 45 milliards de dollars versés annuellement par les fondations dans le monde, 3 millions de personnes meurent de maladies (hors covid) contre lesquelles il existe des vaccins et qui sont éradiquées dans les pays riches3. Pour faire face aux difficultés générées par la mainmise du privé, seul un monopole public sur les services de santé et leur remboursement pour tous·tes peut répondre efficacement aux enjeux actuels. De plus, il est de la responsabilité des États occidentaux d’effectuer un accompagnement des États ayant été victimes des plans d’ajustement structurels : ceux-ci ayant été imposés par les institutions internationales soutenues par un Occident qui promouvait la logique néo-libérale. Cela permettrait le retour d’un État-providence et une annulation de leur dette. 

La France, en tant que pays historiquement engagé dans la lutte contre le VIH au niveau mondial doit augmenter ses financements au Fonds mondial4 et plus généralement atteindre l’objectif de 1% de son RNB consacré à l’aide publique au développement tout en promouvant un modèle d’État-providence et le développement de Sécurité sociale universelle. Cet effort doit s’intégrer dans un contexte de recul du financement nombreux grands donateurs bilatéraux à l’aide internationale depuis 2019, alors que ces pertes de financement internationaux n’ont pu être compensées par les financements nationaux, eux-mêmes vulnérables à la crise économique actuelle.

Elle doit également défendre activement une politique européenne de santé ambitieuse. D’abord par des outils communs disponibles : garantie de l’accès aux traitements génériques partout, en réformant les règlements sur la propriété intellectuelle relatifs aux médicaments et dispositifs de santé ; garantie d’une politique d’accueil des migrations digne intégrant le droit fondamental à la santé. Mais il faut aussi dénoncer tous les traités néocoloniaux qui maintiennent des États dans une situation de dépendance, et promouvoir une politique de coopération dans l’Union Européenne et au-delà de ses frontières pour lutter contre les ruptures des parcours de santé. 

1 :  Rapport « En danger » de l’ONUSIDA (2022). https://www.unaids.org/sites/default/files/media_asset/2022-global-aids-update-summary_fr.pdf

2 :  Bekelynck Anne, « Le rôle des entreprises privées dans le développement local en Afrique subsaharienne. L’exemple du VIH/sida en Côte d’Ivoire », Revue internationale des études du développement, 2017/3 (N° 231).

3 :  Bertho-Huidal Michelle, Charity Business : le grand marché de la santé mondiale. 

4 :  Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme.

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