Motion thématique adoptée par la coordination fédérale du 10 novembre 2013. Elle prend la suite des motions “La refondation de l’École de la République doit être un projet écologique, social et humaniste ambitieux” et “Refonder la pédagogie pour ne plus exclure“.

Sous couvert d’égalité républicaine, le système éducatif actuel favorise avant tout les plus privilégiés, socialement et culturellement. Il faut donc repenser l’orientation et revoir l’organisation des filières qui crée une hiérarchie entre les formations. Cela passe par une réflexion quant au rapprochement entre les filières générales, technologiques et professionnelles. Il en va de même pour l’enseignement supérieur, qui doit opérer un rapprochement entre ses différentes composantes. L’équité de traitement entre les établissements est également une condition pour en finir avec la ségrégation scolaire. Afin de mieux aider celles et ceux qui sont les plus éloignés de la culture scolaire, un véritable accompagnement personnalisé, tant pour les élèves que pour leurs parents, doit être mis en place. De même, une attention spécifique portée à l’intégration des personnes handicapées dans les milieux scolaires et universitaires ordinaires permettra de mettre fin aux discriminations qui les touchent.

Aujourd’hui, le niveau de qualification obtenu en sortie de système scolaire reste souvent déterminant dans la réussite sociale et professionnelle : ainsi, faciliter les possibilités de retour au sein du système éducatif ou universitaire et développer les aides financières aux personnes souhaitant reprendre leurs études sont des outils indispensables pour offrir à toutes et tous une seconde chance.

A) Revoir la carte scolaire

La carte scolaire est un outil indispensable pour favoriser la mixité sociale. Il faut donc revenir sur les réformes du gouvernement Fillon, qui l’ont affaiblie.

Cependant, on sait qu’il existe des stratégies de contournement qui ne sont connues, la plupart du temps, que par les classes moyennes et supérieures. C’est pourquoi il est important d’éviter ces stratégies en :

  • proposant des options rares (langues, arts…) dans tous les types d’établissements, et notamment dans les établissements mal réputés, en veillant à répartir les différentes options entre les établissements et non à les concentrer dans quelques-uns ;
  • permettant aux établissement »difficiles » d’avoir des moyens humains, matériels et pédagogiques adaptés, afin de lutter contre leurs problèmes spécifiques et d’éviter ainsi la tentation du contournement de la carte scolaire.

Quand la sélection s’avère nécessaire pour certaines formations spécifiques, elle doit se faire avant tout sur la motivation de l’élève et non sur son dossier scolaire.

B) Repenser l’orientation

Il est nécessaire de repenser le système des filières (générales, technologiques et professionnelles) afin d’offrir des parcours moins monolithiques et plus ouverts, et ce non seulement au lycée, mais aussi dès le collège. En ce sens, nous proposons plusieurs pistes :

  • une moyenne de 2 à 3 heures de travaux interdisciplinaires par semaine qui permettrait de ne pas déspécialiser les filières mais donnerait l’opportunité d’étendre certaines connaissances auxquelles on n’aurait pas accès dans certaines filières ;
  • développer des classes passerelles à des moments clefs de la scolarité afin de permettre une réorientation en cours d’année (entre les classes de Seconde et Première, et en première année universitaire) ;
  • proposer une sorte de “trimestre d’essai” en classe de 4ème pour l’enseignement des langues. De fait, il est fréquent que les élèves soient fortement indécis quant au choix de la LV2. Ainsi, ce trimestre pourrait permettre à l’élève, en ayant une initiation à deux langues, de faire un choix plus raisonné et réfléchi. En outre, cela pourrait favoriser l’amélioration du niveau de langue des élèves en France dans la mesure où l’apprenant choisirait en connaissance de cause un enseignement qu’il aurait pu découvrir et apprécier précédemment.

Par ailleurs, il faut rompre avec les stéréotypes genrés en matière d’orientation. On remarque une hyperféminisation ou hypermasculinisation de certaines filières. Il faut donc que les conseillers d’orientation et personnels pédagogiques insistent sur un concept non genré des différents métiers afin de guider les jeunes vers un chemin qui leur plaise réellement et qui n’obéisse pas simplement à des préjugés sociétaux.

Il en va de même avec les  “stéréotypes de classe” : souvent, les élèves sont incités (consciemment ou non) à reproduire les choix professionnels de leurs parents. Les conseils d’orientation doivent s’appuyer sur les qualités de l’élève en tant que personne et non sur des préjugés sur son origine sociale. Il faut procéder à une revalorisation nette des filières techniques, dont la valeur et l’utilité sociale doivent être reconnues. L’orientation dans ces filières doit être le résultat d’un véritable choix professionnel et non une orientation par défaut dans une “filière poubelle”.

Il nous faut aussi donner la possibilité à chaque jeune de prendre son temps dans le choix de son orientation future, et de s’ouvrir à toute activité susceptible de l’épanouir, au-delà du champ restreint des cursus purement académiques. En effet, ces parcours, par leurs critères classiques et élitistes, contribuent au maintien des inégalités et s’instaure une hiérarchie qui n’a pas lieu d’être entre les différents cursus possibles. C’est pourquoi il faut pousser les jeunes à élargir leur horizon des possibles en les encourageant à s’offrir une année sabbatique après le bac dans un pays étranger, ou en service civique. Pour cela, le droit de s’inscrire à l’université ou dans les différentes filières du supérieur ne doit pas être restreint à la seule année post-bac, mais doit être étendu et largement accessible.

D) Renforcer l’accueil des plus jeunes

Il est primordial de développer la scolarisation dès le plus jeune âge et en particulier celle des enfants issus de milieux défavorisés. En effet, une scolarisation précoce permet d’apprendre au plus tôt la vie en collectivité, de s’ouvrir à des connaissances extra-familiales.

Afin de permettre une adaptation en douceur de l’enfant au nouveau lieu de vie que constitue l’école, le lien entre celle-ci et la famille doit être favorisé au maximum, et une relation personnalisée offerte à chaque enfant. Cela passe par le retour à des effectifs d’élèves raisonnables en classe de maternelle et primaire, ne dépassant pas 20 enfants par classe. Par ailleurs, il est préférable de :

  • prendre en compte les capacités et la maturité de chaque enfant ;
  • faire preuve de souplesse sur la classe que l’enfant intègre en tout début de scolarité.

E) Mieux intégrer les parents dans la scolarité de leurs enfants

Afin de renforcer l’implication des parents dans le parcours scolaire de leur(s) enfant(s), nous proposons de :

  • soutenir l’organisation d’événements culturels, festifs et sportifs qui peuvent être pris en charge par l’établissement lui-même ou bien les APE (Association de Parents d’Elèves) ;
  • remettre au goût du jour les échanges linguistiques qui semblent s’essouffler un peu ;
  • proposer aux parents d’assister, soit en début d’année, soit une fois chaque début de trimestre, à un atelier servant de lieu d’échange, afin que les parents aient une meilleure compréhension des enjeux et du fonctionnement de l’école et qu’ils puissent s’y retrouver. Ces moments d’échanges pourront également permettre de faire le bilan du niveau de l’élève et d’élaborer les meilleures manières pour les parents d’aider leurs enfants.

Si de nombreux parents éprouvent des difficultés dans leur participation à la vie de l’établissement scolaire dans lequel se trouve leur enfant, les parents d’enfants handicapés, souvent plus impliqués dans la scolarité de leurs enfants, éprouvent quant à eux des difficultés à trouver un établissement qui accepte de prendre en charge leur enfant, en raison notamment d’un manque d’encadrement par du personnel adapté.

F) Mieux intégrer les personnes handicapées

Chaque enfant handicapé doit pouvoir être intégré dans les mêmes classes que les enfants ne présentant aucun handicap. Lorsque la lourdeur du handicap est trop importante pour permettre un enseignement dans de bonnes conditions , il faut alors permettre la présence des élèves dans des classes »spécialisées» qui se situent à l’intérieur d’établissements scolaires classiques. Cela permet d’augmenter les temps d’échanges entre tous les élèves (handicapés et non-handicapés). La présence de ces classes étant encore marginale, il faut donc les développer.

En outre, les dispositifs juridiques visant à contraindre les collectivités territoriales – responsables des bâtiments scolaires – doivent être renforcés dans le but de permettre l’accueil d’enfants handicapés.

Enfin, il faut repenser le handicap à l’intérieur des classes en déployant des moyens supplémentaires en personnel adapté pour aider à l’intégration des enfants handicapés, domaine dans lequel il existe encore des lacunes de nos jours.
Il faut pérenniser le rôle des Assistants de Vie Scolaire dans l’accompagnement d’enfants handicapés pour que celui-ci se fasse de manière suivie avec la même personne sur plusieurs années. Il faut rapidement faire de ce travail un vrai métier avec une formation, une rémunération correcte et des contrats pérennes afin que le personnes qui l’exercent deviennent de véritables Assistants d’Éducation Spécialisés qualifiés.

G) Faciliter le retour et le maintien au sein du système éducatif

L’une des propositions qui peut être faite pour renforcer les liens – parfois conflictuels – entre élèves et milieu scolaire, est de développer le concept de “l’école ouverte”. En effet, l’école ouverte permet de faire découvrir aux élèves leur établissement en dehors des périodes de cours. Au travers d’activités encadrées par un personnel volontaire et rémunéré, c’est l’occasion d’une ouverture sur l’extérieur qui offre aux élèves un autre regard sur le monde scolaire. L’objectif est de proposer aux jeunes un programme qui allie activités éducatives et ludiques qui sortent de l’ordinaire: sorties en musées ou en plein air, initiation à certains sports difficiles à pratiquer dans le cadre d’un programme scolaire (planche à voile, plongée), ateliers manuels (confection de maquettes, pâtisserie), etc.

Les inégalités sociales sont un frein important pour de nombreux étudiants, qui se retrouvent dans l’incapacité de poursuivre leurs études ou de choisir certaines filières considérées comme trop exigeantes. Afin de remédier à ces inégalités et permettre à tous les jeunes qui le souhaitent de ne pas se salarier pendant leurs études, nous devons promouvoir une allocation d’études après le baccalauréat qui ouvre un droit à la formation tout au long de la vie :

  • une allocation “suffisante” pour vivre ;
  • une allocation pour tous et toutes quels que soient les revenus des parents ;
  • 8 années de droits à allocation permettant de se former tout au long de la vie.
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