EXPOSÉ DES MOTIFS
Un coût important pour l’État
En France, l’enseignement privé est financé par des fonds publics à hauteur de 75%. Selon ses défenseur·ses, il coûterait tout de même moins cher à l’Etat de le financer plutôt que de scolariser ses élèves dans le public. Ce discours est néanmoins de plus en plus mis à mal.
Tout d’abord, le récent rapport des députés Vannier et Weissberg a récemment révélé une sous-évaluation des coûts du privé, évaluée à 11 milliards d’euros, supportée par l’État et les collectivités territoriales. Cette charge, déjà préoccupante, est en hausse, notamment en Île-de-France, où les subventions régionales aux lycées privés ont grimpé de plus de 450% depuis 2016.
D’un point de vue strictement économique, l’éducation peut-être comme un transfert de ressources de la génération travaillant à la génération qui lui succède : en bref, on investit dans l’avenir. Un lieu commun du milieu éducatif voudrait “qu’investir” dans le privé serait plus rentable, que le privé enseignerait mieux à ses élèves que le public. Il est vrai que l’enseignement privé obtient en moyenne de meilleurs résultats que l’enseignement public. Cette différence n’est cependant pas due à des méthodes éducatives propres au privé, mais aux différences socio-économiques entre les élèves elleux-mêmes : les plus riches ont de meilleurs résultats que les plus pauvres.
Le constat est même plus alarmant car les enquêtes PISA et de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) ont montré qu’à niveau socio-économique comparable, les élèves du public étaient meilleurs que ceux du privé.
En somme, en plus de coûter plus cher que le public, l’enseignement privé sous-performe et faillit à donner un enseignement de qualité à ses élèves.
Enseignement privé, laïcité et lutte contre les discriminations à deux vitesses
Certains établissements privés sont aussi des lieux où règnent un conservatisme ambiant très marqué, des discours religieux contraires à la laïcité et où les discriminations foisonnent.
Les discours du personnel éducatif, des intervenant.es ou des élèves créent un environnement qui pose problème vis-à-vis de la loi française et des valeurs d’égalité et d’inclusivité. Ces écoles échouent à apprendre aux élèves le vivre ensemble et participent à la reproduction des schémas de dominations. Les discours anti-avortement, sexistes, virilistes, racistes, LGBTQIA+phobes… sont tolérés, encouragés voire organisés et assumés comme faisant partie de l’enseignement. Il y règne un climat de surveillance où les élèves sont scruté·es et jugé·es. Les élèves sont encouragé·e·s à rentrer dans les normes de genre classiques. Ces établissements font aussi parfois la promotion d’organisations conservatrices tel que le Syndicat de la Famille, anciennement la Manif pour Tous, ou Parents vigilants.
Les discours religieux diffusés servent à des idées identitaires, pouvant être assimilées à celles de l’extrême-droite. L’enseignement religieux y est souvent obligatoire et cette place prédominante pose un grave problème vis-à-vis de la laïcité et sert à formater les élèves dès leur plus jeune âge. Le discours religieux peut même se substituer dans l’enseignement aux principes républicains et à la Science quand ils rentrent en contradiction. Aussi l’accompagnement des élèves exclut tout enseignement sexuel contraire aux principes religieux. Les élèves sont alors laissé·e·s démuni·e·s, le plus souvent sans soutien de l’équipe éducative pour appréhender des situations qui le nécessiteraient.
L’enseignement privé au service de l’entre soi et de la reproduction sociale
L’enseignement privé participe également à entretenir une domination sociale via plusieurs mécanismes.
Tout d’abord, le choix de parents issu·e·s des classes dominantes de cultiver un entre soi implique que cet entre soi puisse perdurer à travers le temps. On peut donc se retrouver avec une homogénéité sociale sur plusieurs générations. Cela est encore renforcé dans le monde professionnel. En effet, les recruteur·euse·s étant passé.e.s par l’enseignement privé peuvent privilégier celles et ceux qui ont le même parcours. Cela remet directement en cause la notion de mérite et permet la constitution d’une classe homogène et consciente de ses privilèges.D’ailleurs, si ce fonctionnement bénéficie aux classes supérieures, il maintient tout de même une forme de double domination en son sein même. En effet, chaque établissement d’enseignement supérieur n’est pas perçu de la même manière et les plus prestigieux restent bien distincts des autres. Cela se voit tant au niveau des profils qui y entrent que du devenir de celles et ceux qui en sortent. De plus, celles et ceux qui intègrent les établissements les moins en vue se voient conditionné·e·s à répondre aux attentes des futurs cadres sorti·e·s des établissements plus côtés.
En cela, l’enseignement privé génère donc dans notre société une classe dominante qui entretient ses privilèges du fait de choix stratégiques et économiques. De la même manière, il crée des générations de travailleur.euse.s qui pensent accéder à cette classe dominante.
Cependant, elles se retrouvent privées d’esprit critique du fait d’enseignements centrés sur les moyens d’aider la classe dominante à
rester en place en exploitant les personnes et les ressources.
Quelques établissements utiles aux pratiques à intégrer au service public
Le cas des établissements privés hors contrats est particulièrement inquiétant à plusieurs égards. Si le choix pour des parents de scolariser leurs enfants dans ce type d’établissement est justifié, notamment par la pratique de pédagogies alternatives ou l’apprentissage de langues régionales, de dynamiques d’entre soi plus poussées encore. En effet, ces établissements ne reçoivent pas de subventions publiques, ce qui a pour conséquence des frais de scolarité supérieurs à ceux pratiqués au sein de l’enseignement privé sous contrat. Ainsi, une partie d’entre eux qu’aux classes les plus dominantes dont il assure la reproduction sociale.
Par ailleurs, la liberté éducative qui leur est accordée quant aux programmes scolaires, même si elle donne l’ occasion à certains enfants de bénéficier de pédagogies alternatives, permet aussi à des établissements traditionalistes de diffuser leurs idées réactionnaires. Ces dérives ne sont aucunement maîtrisées par l’Etat qui n’effectue pas le nombre suffisant de contrôle obligatoires de ces structures.
Ces exemples montrent les défauts de la liberté pour les parents de choisir l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants, principal argument des opposant·e·s à la suppression de l’enseignement privé. Elle permet, en effet, aux classes dominantes de maintenir leur entre-soi et à des idées haineuses d’être enseignées aux enfants, ce qui est contraire à la mission de l’école, qui est d’émanciper les élèves et de contribuer à former une société plus juste, sans rapports de dominations. La liberté d’éducation doit donc voir ses frontières redéfinies afin de bannir ces comportements.
Dans l’état actuel des choses, nous sommes conscient·e·s que certaines formes prises par l’enseignement privé sont légitimes et répondent à des besoins auxquels l’État ne pourvoit pas.
Ainsi, les écoles privées associatives qui dispensent les cours en langue régionale, les enseignements adaptées aux personnes en situation de handicap (comprenant l’école “à la maison” subit car l’école n’est pas adaptée), les conditions de travail catastrophiques dans certains établissements publics incitant les personnes à sortir leurs enfants du public sont autant de situation que nous déplorons. Il est impératif que l’État prennent en considération ces situations et y remédie, par la possibilité de dispenser des enseignements en langue régionale, par l’adaptation des enseignements et des locaux à tous les handicaps, par le réinvestissement massif dans le service de l’éducation, la rénovation des bâtiment et une augmentation importante des moyens humains.
Il faut que chaque élève puisse s’épanouir et apprendre dans de bonnes conditions, et cela ne doit pas passer par l’enseignement privé.
DISPOSITIF
Les Jeunes Écologistes portent :
- À court terme, un contrôle accru des enseignements privés pour en limiter les dérives, la fin du soutien public aux établissements ne respectant pas scrupuleusement les programmes et les règles relatives à la mixité sociale.
- À moyen terme, un élargissement et une amélioration des pratiques d’enseignement du service public pour une école enfin inclusive, la fin du subventionnement de tout enseignement privé
- À long terme, l’interdiction de toute forme d’enseignement privé