EXPOSÉ DES MOTIFS
Les valeurs ambivalentes véhiculées par le sport
Le sport, comme toute activité sociale, véhicule des valeurs. Elles diffèrent en fonction de nombreux paramètres, mais il est néanmoins possible d’identifier quelques constantes dans notre contexte.
Premièrement, le sport diffuse globalement la notion d’esprit d’équipe, même dans les sports individuels. En effet, la pratique sportive étant majoritairement réalisée en groupe, l’ensemble des sports participent à forger une cohésion entre les membres d’un même groupe/club/équipe. Cette cohésion favorise l’entraide, le soutien et le partage qui sont des valeurs particulièrement positives. Il existe même de nombreux cas où cette cohésion et ces valeurs s’étendent en dehors du cercle des sportif·ves. Les encadrant.e.s (coach, fonctions, support, etc.), les proches, voire les membres d’une communauté (ville, village, quartier, groupe social…) peuvent participer au déploiement de ces valeurs et en bénéficier.
Par ailleurs, ces valeurs positives sont parfois également transmises par les sportif·ves stars qui sont particulièrement valorisé.e.s dans notre société. Un exemple fort pourrait être celui de Zinedine Zidane, icône du sport français qui affirmait “Les performances individuelles, ce n’est pas le plus important. On gagne et on perd en équipe.”
Enfin, des sportif·ves prennent positions sur des sujets de lutte, ce qui peut constituer un contre modèle face à la normalisation de la cis-hétérosexualité raciste. De Morgan Rapinoe à Billie Jean King en passant par Louis Sand ou Jonathan-Ismaël Diaby, plusieurs communautés subissant des oppressions systémiques peuvent aujourd’hui s’appuyer sur des personnes repères, bien que celles-ci subissent le contrecoup de leurs prises de paroles publiques.
Ces valeurs positives sont cependant souvent une façade qui cache des problématiques importantes.
Tout d’abord, le sport dans sa version compétitive fait peser une forte pression sur les athlètes. On peut penser aux injonctions, implicites ou explicites, à ne pas prendre en compte leurs limites physiques et mentales et à les dépasser à tout prix. De nombreux·ses athlètes finissent avec des blessures physiques qui auraient pu être évitées par une meilleure écoute d’elles et eux-même.
De plus, les injonctions aux résultats sont souvent accompagnées d’injonctions purement stéréotypées et excluantes, notamment sur le corps, le poids, etc.
On ne peut pas nier les valeurs discriminantes portées par le sport en tant que structure, notamment les LGBTphobies, le sexisme, le racisme et la grossophobie. Que ce soit au niveau des sportif.ves, des fédérations, des clubs ou des supporters. La pression est immense pour entrer dans des cases hétéro-cis-normées.
Le sport est une compétition entre personnes, mais aussi entre nations. Il favorise le développement de sentiments chauvinistes qui peuvent se combiner à du racisme et de la xénophobie.
Sur les rapports du sport au corps
Sur le plan physiologique, le sport à de nombreuses conséquences positives sur celleux qui le pratiquent.
Tout d’abord, il faut noter les aspects bénéfiques du sport sur la santé. L’activité sportive est un facteur qui impacte largement la capacité à vivre en bonne santé, autonome, le plus longtemps possible. À tous les âges, une pratique adaptée offre des résultats positifs dans la prévention de certaines maladies, dans la réduction du stress ou encore la lutte contre les maladies chroniques.
De plus, le sport peut être un vecteur de réappropriation de son corps efficace. Que ce soit pour reprendre confiance en soi, pour affirmer un passing ou encore par simple volonté esthétique, le sport apporte une solution parmi d’autres. Des pratiques spécifiques sont d’ailleurs souvent mobilisées pour ces objectifs spécifiques. Bien qu’invisibilisées aujourd’hui, ces pratiques prennent de l’ampleur et nous devons les accompagner.
Mais la pratique sportive est aussi synonyme d’exclusion sur le plan physique (des personnes grosses, des personnes handicapées et des personnes trans par exemple) et sur le plan social (certaines pratiques sportives sont onéreuses surtout à l’âge adulte quand elles ne sont plus obligatoires et subventionnés par l’État).
Nous pouvons prendre deux exemples récents. Donald Trump a signé un décret interdisant aux athlètes transgenres de faire partie d’équipes sportives féminines. En outre, il a prévu de couper les subventions au niveau fédéral aux écoles, empêchant donc à des enfants de pratiquer le sport qui, comme nous l’avons dit avant, est un cercle social, amical et de cohésion forte pour la jeunesse d’où sont donc exclues les personnes trans1.
Un autre exemple que l’on peut prendre sont les jeux paralympiques qui se sont déroulés à Paris en 2024. On peut les considérer comme une grande avancée pour la reconnaissance des athlètes atteints de handicap. Dans le même temps, ils montrent aussi que l’acceptation des personnes avec un handicap se fait seulement si elles ont des capacités extraordinaires et qu’elles dépassent leurs contraintes physiques. Entre autres, il y a toujours en France un manque de moyens et structures adaptées pour les paraathlètes, par exemple, la plupart doivent parcourir 50 km pour trouver une structure sportive adaptée à leur handicap2.
Les personnes grosses, quant à elles, subissent le contrôle social quand elles se rendent dans des espaces sportifs, ce qui fait que bien souvent elles s’autoexcluent de la pratique du sport par peur du jugement et de la stigmatisation3. Cette exclusion est renforcée par le culte du corps dominant dans notre société, qui associe santé, beauté et performance physique à une silhouette mince et musclée. Les réseaux sociaux, les publicités et les discours médiatiques participent à cette idéalisation irréaliste du corps « sain », créant une pression constante sur les individus pour qu’ils se conforment à ces normes.
Le milieu sportif reproduit donc les constructions sociales sur le genre, la couleur de peau, le handicap, le poids et la sexualité déjà présentes dans la société et peut participer à l’exclusion de ces personnes en son sein4, mais il peut aussi être un moyen d’émancipation pour certains.
DISPOSITIF
Les Jeunes Écologistes :
- Promeuvent l’égalité totale des salaires et conditions de travail hommes/femmes/personnes non binaires dans les clubs ;
- Revendiquent la mixité et/ou la parité dans tous les sports, ou à défaut la garantie pour les personnes trans* de concourir dans leur catégorie ;
- Défendent une éducation à la pratique sportive inclusive dès l’école ;
- Demandent la sensibilisation des staffs et des clubs aux problématiques de discriminations quelles qu’elles soient, des VSS et de santé mentale ;
- Proposent la mise en place d’une Charte des valeurs des sportif·ves voulant concourir pour les équipes de France
- Demandent la fin des subventions aux compétitions sportives nationales ou internationales privées lucratives ;
- Posent comme principe la remise en question des compétitions de haut niveau, violentes pour les athlètes comme pour la planète ;
- Promeuvent le sport comme espace de santé, loisirs, de détente et d’émancipation : personne ne devrait renoncer à un sport pour des obligations de participation aux compétitions.
- https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/05/donald-trump-signe-un-decret-excluant-les-athletes-transgenres-des-sports-feminins_6533627_3210.html ↩︎
- https://www.francetvinfo.fr/jeux-paralympiques/paris-2024/jeux-paralympiques-de-paris-2024-comment-les-clubs-francais-tentent-de-rattraper-leur-retard-dans-l-inclusion-des-sportifs-handicapes_6640512.html ↩︎
- Thedinga et al (2021). “Weight stigma experiences and self-
exclusion from sport and exercise settings
among people with obesity”. BMC Public Health. https://doi.org/10.1186/s12889-021-10565-7
https://link.springer.com/content/pdf/10.1186/s12889-021-10565-7.pdf ↩︎ - Van Amsterdam, N. (2014). “AbNormAll Bodies. Gender, dis/ability and health in sport, physical education and beyond”. (Doctoral dissertation, Utrecht University).
AbNormAll Bodies. Gender, dis/ability and health in sport, physical education and beyond ↩︎